Hyperactivité et déficit de l'attention: Pourquoi le diagnostic est difficile à poser

SANTE La Haute autorité de santé a dévoilé ce jeudi ses recommandations pour améliorer le diagnostic...

Anissa Boumediene

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Des enfants jouent dans la cour de récréation de l'école Henri Caubière à Honfleur, le 9 avril 2009, lors d'un stage de remise à niveau pendant les vacances scolaires
Des enfants jouent dans la cour de récréation de l'école Henri Caubière à Honfleur, le 9 avril 2009, lors d'un stage de remise à niveau pendant les vacances scolaires — Mychele Daniau AFP

Le trouble est difficile à reconnaître. Si les enfants turbulents sont à l'envi décrits comme hyperactifs, poser un tel diagnostic n'est pas chose aisée pour les médecins. Pour y voir plus clair, la Haute autorité de santé (HAS) a publié ce jeudi des recommandations pour mieux détecter et traiter le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), source de grande souffrance pour l'enfant et sa famille. En France, entre 3,5 et 5,6% des enfants scolarisés en seraient atteints.

Comment diagnostiquer un TDAH?

Souvent réduit à l'hyperactivité, ce trouble est en réalité repérable à une association de trois symptômes. Le premier d'entre eux, «le symptôme clé, c'est le déficit de l'attention», insiste le Dr Jean Chambry, pédopsychiatre et coprésident du groupe de travail ayant rédigé ces recommandations. En clair, c'est lorsqu'un enfant a du mal à rester concentré, est distrait et a des oublis fréquents. Viennent ensuite une hyperactivité, une incapacité à rester en place (notamment à l'école) et une impulsivité.

«C'est un syndrome relativement récent, controversé et au diagnostic très complexe à poser», analyse le Dr Cédric Grouchka, membre du collège de la HAS«Tous les enfants dans la Lune ou turbulents ne sont pas atteints d'un TDAH, avertit le Dr Chambry, mais lorsque ces symptômes sont une souffrance pour l'enfant et le handicapent de manière durable et significative dans ses relations sociales, sa vie scolaire et sa qualité de vie, alors le TDAH doit être pris en charge».

A qui s'adresser pour poser un tel diagnostic?

Si les médecins généralistes sont «des interlocuteurs de premier recours centraux dans le repérage du TDAH, peu d'entre eux sont formés pour reconnaître ce trouble chez leurs patients», concède le Dr Dominique Girardon, médecin généraliste et coprésidente du groupe de travail. Le médecin doit mettre à jour ses connaissances et accorder du temps au patient chez qui il suspecte un TDAH. Et si la suspicion est forte, il doit orienter l'enfant et sa famille vers un spécialiste (pédopsychiatre, neurologue, etc). «Mais obtenir un tel rendez-vous peut prendre du temps et le généraliste doit aussi être là pour l'accompagner l'enfant et conseiller les parents», poursuit-elle.

«Parents et enfants sont souvent stigmatisés», raconte le Dr Girardon. «Cette discussion avec les parents est très importante, elle permet de leur expliquer comment "fonctionne" leur enfant. Cette première étape marque aussi un grand soulagement pour eux, qui peuvent enfin déculpabiliser», abonde le Dr Chambry. Une action coordonnée doit ensuite être mise en place à l'école, où des aménagements sont nécessaires pour l'enfant.

Existe-t-il un traitement pour soigner le TDAH?

Une fois le diagnostic établi, plusieurs solutions sont envisageables. En premier lieu, les médecins vont essayer des solutions non médicamenteuses. Consultations avec un psychomotricien, thérapie cognitive, ateliers de socialisation ou exercices de relaxation: «On ne s'interdit aucun moyen pour soulager l'enfant», indique le Dr Chambry. «Mais si malgré ça l'enfant n'est pas soulagé, se pose alors la question du méthylphénidate».

Le méthyphénidate, c'est la molécule contenue dans le seul médicament autorisé en France pour traiter le TDAH. Mais ce traitement n'est pas anodin, et seul un médecin spécialiste peut le prescrire. Le généraliste, chargé du suivi au long cours de l'enfant, peut ensuite renouveler ou moduler le traitement, ce médicament ne pouvant être prescrit que pour 28 jours. De quoi permettre un contrôle régulier de l'efficacité du traitement et de ses effets secondaires. «Le médecin de famille doit être associé à ce protocole de soins, insiste le Dr Girardon, il est un interlocuteur privilégié».