Vers un bouleversement dans la collecte du sang?

SOCIAL Les salariés de l’Établissement français du sang s’inquiètent d’une privatisation partielle de la filière plasma...

Céline Boff

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Marseille le 29 aout 2013 - Don de sang.
Marseille le 29 aout 2013 - Don de sang. — P.Magnien / 20 Minutes

Ils sont en colère. Ce mardi, une partie des salariés de l’Etablissement français du sang (EFS) sont en grève, soutenus par quatre syndicats (CFDT, FO, CGT, CFE-CGC).

D’abord parce qu’ils n’arrivent pas à accepter ce qu’ils considèrent comme une défaite: l’abandon d’une partie de leur monopole. A partir du 1er février en effet, l’EFS n’aura plus le droit de fabriquer l’un des trois types de plasmas thérapeutiques qu’il était jusqu’à présent le seul autorisé à produire en France. Suite à une décision du Conseil d’Etat de juillet 2014, l’établissement public devra abandonner cette activité aux entreprises privées et notamment au groupe Octapharma, un laboratoire international spécialisé dans le fractionnement du plasma.

«Suite au recours de cette société devant la Cour européenne, le Conseil d’Etat a jugé que la fabrication de plasma thérapeutique avec traitement d’inactivation par solvant détergent (également appelé plasma SD) était une technique industrielle et donc, que ce type de plasma était un médicament», détaille Régine Basty, déléguée syndicale centrale CFDT. Cette décision permet non seulement au groupe Octapharma de produire du plasma SD, mais elle prive l’EFS de ce droit.

«Disparition, dès cette année, de 50 emplois»

La fabrication de ce plasma ne représente que 2% de l’activité de l’EFS, mais «cette décision va se traduire par la disparition, dès cette année, de 50 emplois», assure Régine Basty. Et ce ne pourrait être qu’un début. Car si les salariés sont en grève, c’est surtout parce qu’ils s’inquiètent des recommandations d’un audit commandé par le ministère de la Santé et réalisé par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

«Nous, les organisations syndicales, avons été reçues dans ce cadre, et l’IGAS a clairement mis sur la table la possible remise en cause de notre monopole sur la collecte de plasma», explique Régine Basty. D’après les syndicats, cet audit, qui n’a pas été rendu public, pourrait ouvrir à un autre établissement public, le Laboratoire français de fractionnement et des biotechnologies (LFB), le droit de collecte.

Une remise en cause de la loi de 1993?

Ce qui ne serait pas sans conséquence sur l’emploi au sein de l’EFS -500 à 1.200 postes pourraient disparaître en 2016 selon le scénario retenu- mais aussi, sur la santé publique. Après le scandale du sang contaminé, le parlement avait voté en 1993 une loi instaurant notamment «une séparation stricte entre le collecteur (l’EFS) et le fractionneur (le LFB), afin d’empêcher les conflits d’intérêt et ne pas répéter ce qu’il s’était passé», rappelle Régine Basty. A cette époque, des lots de sang que les collecteurs savaient contaminés avaient tout de même été transformés par les fractionneurs… Parce qu’ils étaient bien souvent la même entité.

Les syndicats s’inquiètent enfin de l’ouverture programmée dans le cadre de la loi Macron du capital du LFB. Pour l’instant, ce laboratoire est entièrement détenu par l’Etat mais, demain, «49% de son capital pourrait être ouvert à des industries pharmaceutiques», affirme Régine Basty. Et d’ajouter: «Le puzzle qui est en train de se mettre en place nous inquiète réellement».

Au mois de novembre, les syndicats avaient lancé une pétition pour le maintien du don éthique et contre la marchandisation du sang humain. Adressée, avec ses 28.000 signatures, à la ministre de la Santé Marisol Touraine, la pétition n’avait reçu aucune réponse. Les syndicats, qui appellent à une manifestation devant le ministère de la Santé ce mardi à 13h, devraient être reçus dans l’après-midi par un membre du cabinet de la ministre.

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