Des plaquettes de Mediator
Des plaquettes de Mediator — Fred Tanneau AFP

ETUDE

Mediator: Une publication médicale agace les avocats de Servier

Cette nouvelle étude incriminant (encore) le «coupe-faim» pourrait venir appuyer le dossier de plaignants souffrant de valvulopathie légère...

Une récente publication médicale sur les lésions de valves cardiaques accable une nouvelle fois le Mediator. Menée par le Collège national des cardiologues français (CNCF), l'étude, publiée dans le numéro d'octobre de la revue de cardiologie Cardinal et depuis mise en ligne, agace considérablement le laboratoire Servier.

Il faut dire que l'article en question, intitulé Les valvulopathies médicamenteuses: une cause d'essoufflement d'origine cardiovasculaire passée inaperçue durant trente-trois ans, démonte le Mediator, montre que le coupe-faim, aujourd'hui retiré du marché, a pu non seulement provoquer des valvulopathies graves, mais aussi des formes «minimes à modérées». Un dernier point qui pourrait avoir des implications importantes dans l'affaire de l'indemnisation des patients concernés par des atteintes légères et dont le dossier pouvait avoir été auparavant récusé.

«Pas de garantie de la qualité scientifique»

Acculés, les avocats du laboratoire français ont rapidement fait connaître le mécontentement de Servier et ce, par courrier aux sociétés savantes de cardiologie qui ont mis en ligne l'étude. «Nous avons effectivement reçu une lettre des avocats de Servier (Simmons & Simmons) le 29 décembre 2014», a confié le Dr Olivier Hoffman, président du Collège national des cardiologues français (CNCF). 

Les avocats remarquent pour leur part que «cette publication ne remplit pas les critères qui permettent d'en garantir la qualité scientifique». «Nous l'avons mis en ligne, car nous l'avons jugé utile pour promouvoir la formation médicale continue (FMC) des cardiologues libéraux auxquels nous nous adressons», rétorque le Dr Hoffman.

Prescrit pendant trente ans

Pour rappel, le Mediator a été prescrit pendant 30 ans, d'abord contre l'excès de graisse dans le sang, puis comme traitement adjuvant pour les diabétiques en surpoids, avant d'être retiré du marché en novembre 2009. Il était, de fait, largement prescrit pour ses propriétés de coupe-faim.

Utilisé par cinq millions de personnes en France, il pourrait être à l'origine de graves lésions des valves cardiaques, et être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise judiciaire. Mercredi à la Société française de cardiologie (SFC), également destinataire d'une lettre des avocats de Servier, on se refusait à tout commentaire.