Pour l'EFSA le Bisphénol A est sans risque pour la santé

Marion Pignot

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La loi interdit, en France, le bisphénol A dans les contenants alimentaires, dès 2013 pour ceux destinés aux bébés et depuis début 2015 pour les autres.
La loi interdit, en France, le bisphénol A dans les contenants alimentaires, dès 2013 pour ceux destinés aux bébés et depuis début 2015 pour les autres. — Fred Dufour afp.com

L'exposition au Bisphénol A aux niveaux actuels «ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs», même si de nombreux doutes restent à tirer au clair, a tranché, ce mercredi, l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA), dans un rapport très attendu.

A l'issue d'une réévaluation complète lancée en 2012 de cette substance considérée comme un perturbateur endocrinien, l'EFSA prend le contre-pied de toutes études publiées jusqu'à présent et renvoie aux vestiaires la position de de la France, qui a interdit le produit dans tous les contenants alimentaires. L'EFSA préconise, certes, de diviser par douze le seuil de sécurité pour l'exposition humaine, tout en précisant que l'exposition humaine réelle à cette substance est de trois à cinq fois inférieure à ce nouveau seuil. Et d'offrir au bisphénol le bénéfice du doute.

Des doutes sur une incidence sur les développements des cancers

L'Agence a ainsi tenu à pointer des «incertitudes sur les effets sanitaires potentiels du BPA (1) sur la glande mammaire ainsi que sur les systèmes reproductif, métabolique, neurocomportemental et immunitaire», ainsi que les effets indésirables possibles à haute dose pour les reins et le foie.

Ces effets, tout comme une possible incidence sur le développement de cancers, notamment du sein, «sont considérés comme peu probables mais n'ont pas pu être exclus», poursuit l'Agence dans son rapport. Les experts de l'EFSA reconnaissent, par ailleurs, manquer de données sur l'exposition cutanée, ce qui selon l'un d'entre eux, Trine Husoy, «accroît les incertitudes entourant les estimations relatives au papier thermique et aux cosmétiques». Mais l'Agence assure avoir intégré tous ces doutes dans son évaluation du nouveau seuil.

L'agence régulièrement accusée de partis pris

Face aux anti-BPA, dont les autorités françaises, l'Agence prône la patience pour tirer l'affaire au clair. Elle renvoie notamment aux résultats, attendus «dans deux à trois ans», d'une étude menée dans le cadre du programme national de toxicologie des Etats-Unis. Dans un rapport intermédiaire publié en janvier dernier, l'EFSA se montrait plus prudente, jugeant que le BPA pouvait être nocif, même s'il présentait un risque sanitaire faible au vu des taux réels d'exposition.

L'Agence européenne, régulièrement accusée par les défenseurs de l'environnement et des consommateurs de partis pris en faveur de l'industrie, a finalisé cet avis via une consultation publique en ligne.

(1). Banni des biberons européens depuis 2011, le Bisphénol A (ou BPA), un antioxydant et plastifiant, est notamment utilisé dans les contenants alimentaires et les tickets de caisse. La France a, toutefois, d'ores et déjà généralisé son interdiction à tous les contenants alimentaires.