Optique: Essilor bat le record mondial de correction visuelle

INNOVATION Dans la Meuse, le géant mondial du verre ophtalmique développe des verres avec des corrections extrêmes....

20 Minutes avec agence

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Un employé contrôle un verre avant de lui appliquer un traitement anti-reflets, au laboratoire d'Essilor, à Ligny-en-Barrois (Meuse), le 19 janvier 2015
Un employé contrôle un verre avant de lui appliquer un traitement anti-reflets, au laboratoire d'Essilor, à Ligny-en-Barrois (Meuse), le 19 janvier 2015 — Jean-Christophe Verhaegen AFP

Les apparences de l'usine Essilor des Battants à Ligny-en-Barrois (Meuse), fondée en 1867, sont trompeuses: derrière sa façade désuète et les antiques initiales «SL», du nom de l'une des deux sociétés de lunetiers à l'origine du groupe français, le site abrite un laboratoire unique au monde.

​Au fin fond de la Meuse, dans sa plus vieille usine historique, le géant mondial du verre ophtalmique Essilor développe, en effet, des verres spéciaux pour grands malvoyants. «C'est le seul site du groupe qui permet de fabriquer des verres avec des corrections extrêmes, c'est-à-dire à partir d'une dioptrie de -14 pour la myopie et +8 pour l'hypermétropie», explique Marc Stéphan, le directeur de l'usine, qui héberge l'unité «SL Lab» et ses 91 employés dédiés aux verres spéciaux.

Des verres d'une dioptrie de -104 

En décembre les équipes du SL Lab ont, ainsi, battu un nouveau record mondial de correction visuelle, en taillant des verres d'une dioptrie de -104 pour un client slovaque. Le précédent record, également détenu par Essilor, était de -76. Quasi aveugle jusqu'alors, «cette personne peut désormais lire ses mails et a plus d'assurance quand elle descend les escaliers», se félicite Stanislas Poussin, responsable de l'activité verres spéciaux d'Essilor.

Un record comme une aubaine alors que les troubles de la vision (amétropies) hors normes, tantôt dus à une malformation congénitale, tantôt à un traumatisme oculaire, affectent environ une personne sur 1.000, soit 60.000 en France. Et le SL Lab produit 120 verres par jour adaptés à ces pathologies. Une quantité microscopique quand on considère les 4,3 milliards d'humains nécessitant une correction visuelle et les 430 millions de verres classiques produits par Essilor chaque année dans le monde.

En finir avec les «culs de bouteille»

Mais «ce n'est pas une aubaine en termes de rentabilité», reconnaît le directeur général d'Essilor France, Ludovic Mathieu. Car certains verres spéciaux nécessitent jusqu'à 10 à 15 jours de fabrication, avec des machines modifiées et des ouvriers spécialisés formés pendant 2 à 3 ans.

Et si, selon Gilles Renard, directeur scientifique de la Société française d'ophtalmologie (SFO) à Paris, «il n'y a plus beaucoup d'entreprises dans l'optique capables de faire des verres à la main», ces verres spéciaux sont pourtant  «indispensables» car certaines situations sont «impossibles à corriger autrement», des lentilles de contact hors normes pouvant ne pas être supportées par l'oeil et la chirurgie laser actuelle ne traitant que de petites amétropies.

Des Essilor Glass?

Le SL Lab s'emploie aussi à améliorer l'esthétique de ces verres hors du commun, pour en finir avec les «culs de bouteille», ces verres très épais et «marqueurs de handicap» selon Stanislas Poussin. Les verres spéciaux sont ainsi de plus en plus fins et, grâce aux matériaux organiques, plus légers. 

Essilor vise à déployer dans le monde entier ses verres spéciaux, jusqu'à présent vendus sur le marché français et européen. L'objectif est de doubler la production d'ici 2017, avec une part de 60% à l'export, contre 25% actuellement. Le groupe s'intéresse aussi au potentiel des lunettes dites «à réalité augmentée», sorte de version médicale des Google Glass, dotées d'une mini-caméra dont les signaux sont projetés sur la rétine. Une poignée de grands malvoyants en France testent actuellement des prototypes conçus en partenariat avec un consortium d'entreprises.