VIDEO. Maroc: La santé mentale toujours synonyme de «malédiction»

Psychiatrie Au pays du couchant, les personnes atteintes de trouble mental sont toujours considérées comme «possédées»...

20 Minutes avec agence
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Photographiée le 15 novembre 2014, Soukaina B., qui souffre de troubles psychiques, est le plus souvent enchaînée à un poteau, à même le sol, dans la région de Ben Slimane (centre du Maroc)
Photographiée le 15 novembre 2014, Soukaina B., qui souffre de troubles psychiques, est le plus souvent enchaînée à un poteau, à même le sol, dans la région de Ben Slimane (centre du Maroc) — Fadel Senna AFP

Selon la dernière enquête épidémiologique, «40% de la population marocaine âgée de 15 ans et plus souffre, ou a souffert, d'un trouble mental» -d'intensité évidemment variable-. Près d'une femme sur deux est d'ailleurs concernée. En 2012, la santé mentale a ainsi été érigée au rang de «priorité» par le ministère de la Santé marocain, qui s'est donné pour objectif de doubler les capacités d'accueil à l'horizon 2016 -en passant à 3.000 lits- et de former 30 psychiatres et 185 infirmiers spécialisés.

Mais malgré ce vaste programme de mise à niveau pour la prise en charge des maladies mentales, identifié comme une «urgence» par le Conseil national des droits humains (CNDH, officiel), dans un rapport intitulé Santé mentale et droits de l'Homme: l'impérieuse nécessité d'une nouvelle politique, le secteur souffre toujours de carences majeures, en infrastructure ou en personnel.

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Internements «inhumains»

 Ainsi, à mi-chemin du programme gouvernemental, les objectifs restent «loin d'être remplis», selon l'hebdomadaire Tel Quel. Et aucun des trois hôpitaux spécialisés en psychiatrie prévus par le plan «n'est encore sorti de terre», alors que l'alerte avait été donnée sur les conditions parfois «inhumaines» de certains internements.
Dans un douar de la région de Ben Slimane (centre), le cas de Soukaina B., 21 ans, illustre ce fossé entre prise en charge souhaitée et réalité. La jeune femme, qui souffre de troubles psychiques, est le plus souvent enchaînée à un poteau, à même le sol, dans la modeste maison en terre de cette famille pauvre de dix enfants.«Nous l'avons emmenée plus d'une cinquantaine de fois à l'hôpital, mais ils ne veulent pas la garder», explique son père, Mohamed. «Les médicaments qu'on nous donne ne font que l'endormir. Je ne sais plus quoi faire.»
 


Un mausolée pour se faire exorciser
Au Maroc, où le traitement des maladies mentales est, par décret, devenu «gratuit», les personnes atteintes de pathologies mentales sont toujours victimes de «rejet» social, explique Jalal Toufik, le chef de service de l'hôpital psychiatrique Arrazi de Salé. Les troubles mentaux sont, selon lui, considérés comme des «malédictions ou encore des possessions» ou «manque de foi».
Des croyances qui favorisent des pratiques d'un autre âge... Du recours à la médecine traditionnelle au maraboutage, en passant par l'internement à Bouya Omar, un mausolée situé à une cinquantaine de kilomètres de Marrakech (sud). Un millier de pensionnaires y seraient internés pour se faire exorciser, selon la presse locale. Certains y subiraient de mauvais traitements, d'après de rares témoignages, l'accès à l'établissement étant des plus réglementés.
 

28% des Français décident de leur psychothérapie

Au terme d’une étude sur la santé mentale, menée par OpinionWay, l'assurance MGEN a révélé ses résultats, la semaine dernière, à l’occasion de son grand colloque annuel. Ainsi, 20% des Français confirment être ou avoir été suivis pour un problème psychologique. Ces troubles de la santé mentale (allant du stress à la schizophrénie, en passant par l'anxiété et la dépression) touchent tous les âges, tous les milieux, et cela, aussi bien dans le cadre professionnel qu’en milieu scolaire. Toujours d'après cette enquête, 36% des sondés ont déjà pris ou prennent des médicaments contre l’angoisse et le stress, 33% pour trouver le sommeil et 28% pour combattre la dépression. Pour 60% des personnes interrogées, la prise en charge médicamenteuse a été longue puisqu’elle a duré pas moins de 3 ans. Si 80% des Français estiment que la psychothérapie doit être la base du traitement des souffrances psychiques, dans 28% des cas, ils décident eux-mêmes de leur psychothérapie... Reste que l'enquête a clairement montré que les Français manquent d’information sur la santé mentale. Les lacunes portant, selon eux, essentiellement sur l’offre de soins en santé mentale, les médicaments utilisés mais également les informations concernant les maladies mentales elles-mêmes.