Médecin spécialiste: «Rouennais, je prends le train pour consulter un ophtalmo à Paris»

VOUS TÉMOIGNEZ Lassés par les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous chez le spécialiste, ces internautes acceptent de faire plusieurs kilomètres pour consulter…

Christine Laemmel

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Une petite fille chez l'ophtalmologue à Epinay-sur-Seine  (Seine-Saint-Denis)
Une petite fille chez l'ophtalmologue à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) — SIMON ISABELLE/SIPA

Timi est presque chanceux. Pour voir un spécialiste, cet internaute roule une quarantaine de minutes pour rallier Saint-Michel-sur-Orge dans l’Essonne, à Chatenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine. Pour 30 kilomètres, il réduit son délai d’attente de deux mois, à trois jours. Pas mal. Car pour consulter un ophtalmologue, un gynécologue ou un ORL, l’affaire n'est pas simple. Un sondage Ifop pour Jalma, révélé ce mardi par Les Echos, le confirme. Le délai pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, ne cesse d’augmenter. La moyenne est à 111 jours pour un ophtalmologue. Au point que 64% des sondés expliquent avoir renoncé à se faire soigner. Certains internautes de 20 Minutes ont trouvé la parade. Ils vont où l’offre est plus étoffée et les plannings moins chargés.

«Au Luxembourg, j'ai un rendez-vous dans les trois jours»

Philippe, 63 ans, habite à Rouen en Seine-Maritime. Sans urgence, «juste pour changer mes lunettes», cet internaute assure devoir patienter près d’un an pour voir son ophtalmologue. Las, depuis deux ans, il se fait soigner sur Paris, à 130 km de chez lui. Il consulte dans une chaîne de centres médicaux spécialisés dans l’ophtalmologie. «J’obtiens un rendez-vous dans les 48h. Un orthoptiste prend les mesures et à la toute fin, un ophtalmo me reçoit.» Même décontraction du côté de Nathalie. Habitante de Metz en Moselle, cette internaute a carrément pris l’habitude de passer la frontière pour emmener son fils chez l’ophtalmologue. Au Luxembourg, à 60 km de chez elle, elle assure obtenir un rendez-vous dans les trois jours. «Mon fils de six ans n’arrêtait pas de cligner des yeux», se souvient-elle, rapportant son inquiétude de l’époque. En France, en plus d'un diagnostic qu’elle ne comprenait pas, Nathalie piétinait entre chaque rendez-vous. «On devait attendre six mois à chaque fois, j’en ai eu marre et puis je voulais un autre avis, raconte-t-elle. J’ai appelé le premier nom que j’ai trouvé sur un annuaire du Luxembourg. J’ai eu un rendez-vous trois jours après.» Tous les mois, Nathalie passe la frontière pour emmener son fils en consultation. Depuis, il a finalement eu des lunettes. Et Nathalie félicite le système de nos voisins.

«Je n’ai aucun scrupule à y aller plus souvent»

La souplesse que Nathalie a trouvée au Luxembourg et Philippe à Paris, compense largement la distance. En train ou en covoiturage parfois, l’aller-retour coûte à Philippe une vingtaine d’euros, qu’il amortit en passant la journée dans la capitale. «J’y vais un peu plus d’une fois par an, mais si j’estime avoir besoin d’un rendez-vous, je n’ai aucun scrupule à y aller plus souvent.» Il est aussi prêt à renoncer à avoir un médecin attitré, tout en sachant qu’il pourra consulter dans une clinique privée près de chez lui, s’il y a urgence. Nathalie s’arrange elle pour se faire rembourser par la sécurité sociale. Souffrant du dos depuis quelques temps, cette Alsacienne envisage de se rapprocher d’un spécialiste. Neurologue, rhumatologue, elle ne sait pas encore vraiment, mais ce qui est certain, c’est qu’elle ira au Luxembourg.