Hépatite C: Le traitement miracle que la France ne peut payer à ses malades

MEDICAMENT A 56.000 euros la cure de 12 semaines, le Sovaldi est le médicament le plus cher que la sécurité sociale ait à rembourser…

Romain Scotto

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Une boîte de Sovaldi, un médicament destiné à soigner les malades de l'hépatite C.
Une boîte de Sovaldi, un médicament destiné à soigner les malades de l'hépatite C. — Uncredited/AP/SIPA

Jamais la Sécu n’avait connu pareille envolée. Depuis que le Sovaldi est arrivé sur le marché, il y a un près d’un an, ce médicament très efficace dans le traitement de l’hépatite C (90% de guérisons) et aux effets secondaires limités, est devenu le plus onéreux de l’histoire de la sécurité sociale: 56.000 euros pour trois mois de traitement. Combinée à deux autres molécules, la cure remboursée aux malades avoisine les 80.000 euros. Un tarif exorbitant que la France ne peut assumer puisqu’il faudrait 10 à 15 milliards pour soigner l’ensemble des 200.000 personnes touchées en France par cette infection.

A ce jour, seuls 10.000 patients bénéficieraient de ce traitement inabordable. «Les plus gravement atteints», témoigne le professeur Daniel Dhumeaux, hépatologue au CHU Henri Mondor qui a pris ce problème à bras-le-corps. A son initiative a été lancé fin octobre un groupe de travail, qui devrait émettre des recommandations au ministère de la Santé. L’objectif étant d’abaisser le prix d’une molécule, commercialisée par le laboratoire Gilead.

«Un hold-up organisé»

Normalement, les prix des médicaments remboursés sont négociés entre le laboratoire et l’Etat. Dans le cas du Sovaldi, les négociations sont toujours en cours et pourraient durer plus de temps que prévu. Le laboratoire bénéficie donc d’une période temporaire de fixation libre des prix, justifiant les 56.000 euros du traitement par le degré d’innovation et l’apport économique du médicament, censé éviter des jours d’hospitalisation à de nombreux patients. «Un hold-up organisé», rétorque dans Le Monde le patron directeur général de l’assurance maladie en attendant lui aussi la réponse du gouvernement.

Dans le plan de financement de la sécurité sociale, voté la semaine dernière, il est prévu un mécanisme d’encadrement des coûts des médicaments de l’hépatite C. Celui-ci taxe un peu plus l’industrie pharmaceutique, à partir d’un plafond de chiffre d’affaires annuel. Mais par ce mécanisme Marisol Touraine, «ne prétend pas apporter une réponse qui s’inscrive dans la durée.» A terme, pourtant, il s’agit bien de traiter l’ensemble des patients et non les seuls transplantés du foie, malades atteints d’une cirrhose significative ou de complication extra-hépatiques.

«On doit multiplier par 10 l’encadrement des patients pour contrôler l’épidémie sur dix ans», annonce le professeur Dhumeaux avant de rendre ses recommandations. Pour lui, le principal argument de la négociation du prix du médicament est «le volume (le nombre de patients traités). Si on décuple le volume, on baisse automatiquement le prix. La sécurité sociale pourrait alors absorber le contrôle de l’épidémie.» Et éviter la mort de 4.000 personnes par an.