La France est en retard sur ses voisins européens en matière d'adaptation des logements au vieillissement, avec seulement 6% du parc adapté aux plus de 65 ans, souligne un rapport remis mercredi aux ministres Cécile Duflot (logement) et Michèle Delaunay (personnes âgées).
La France est en retard sur ses voisins européens en matière d'adaptation des logements au vieillissement, avec seulement 6% du parc adapté aux plus de 65 ans, souligne un rapport remis mercredi aux ministres Cécile Duflot (logement) et Michèle Delaunay (personnes âgées). — Thomas Samson AFP

TABAC

Michèle Delaunay: «Dans mon pouvoir de députée, je ne peux pas mettre les industriels du tabac en prison»

La députée PS et ancienne ministre-déléguée veut devenir la «Madame anti-tabac» de l'Assemblée...

Un paquet de cigarette ne sera jamais trop cher pour Michèle Delaunay. Même à 11,5 euros, comme elle le réclamait dans un amendement, refusé dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Trop excessif. Mais l'ancienne Ministre déléguée aux personnes âgées, cancérologue, n'entend pas s'arrêter là. Pour elle, il est nécessaire d'indexer le prix du paquet au coût sanitaire et social du tabac pour vaincre en dix ans un produit qui tue 73.000 personnes chaque année en France.

Allez-vous proposer de nouveau votre amendement à l’avenir?

Oui, bien sûr. Je m’attendais à ce qu’il soit refusé. Mais il va être repris au Sénat en précisant que nous proposons un doublement des taxes avec mise en place de processus qui permette de ne pas augmenter le bénéfice pour les industriels. Puis nous le reproposerons dans le cadre de la future loi santé (début 2015).

Pour vous, le paquet neutre et la prévention, ce n'est pas suffisant. Il faut attaquer le porte-monnaie du fumeur avec un paquet à 11,5 euros (contre 6,5 actuellement)?

Mais le coût, c’est de la prévention! La mesure principale de lutte contre l’entrée en addiction, c’est de ne pas y entrer. Je salue le paquet neutre, c’est une étape positive pour les premières années. Je prépare d’ailleurs un amendement pour qu’il n’y ait pas écrit «Le tabac tue» sur le paquet, mais «Le tabac tue un fumeur sur deux». Ça, c’est concret.

Avez-vous conscience de l'impopularité de votre mesure et de son son caractère irréaliste vu la puissance du lobby du tabac?

Ce n’est pas irréaliste! En Australie, le prix du paquet est de 14 euros. Ils sont très bons sur la prévention. On parle de la liberté des fumeurs. Mais c’est la liberté d’être soumis aux lobbies industriels. A une addiction. Les fumeurs sont les jouets de gens qui sont prêts à tout pour gagner de l’argent. Pour les lobbyistes du tabac, vous savez, je suis fichée avec une énorme croix rouge. Je suis un cas difficile, une irréductible.

Vous rappelez souvent que les fumeurs ne rapportent pas d’argent à l’Etat. Combien en coûtent-ils?

Ils rapportent 11,5 milliards par an et ils en coûtent 47 (selon une étude de 2006), soit 3 fois le déficit de la Sécurité sociale. Cela nous permettrait de payer les nouvelles molécules pour le traitement du cancer, les greffes de moelle, etc.

C’est quelque chose qu’on pourrait appliquer à l’alcool, aux produits sucrés, gras, etc...

Je suis tout à fait d’accord. Mais il faut bien commencer par quelque chose. Je pointe mon doigt sur le plus gros tueur. Je  ne suis pas opposée à l’étendre pour les alcools forts par exemple. Pour les produits sucrés et gras, il n’y a pas de lien direct avec les maladies.

Une telle mesure peut aussi favoriser encore davantage l’achat des cigarettes à l’étranger...

C’est l’argument des industriels du tabac. Eux-mêmes alimentent la contrebande. Cela a été montré. 30% de leur production va en contrebande.

Vous vous attaquez au consommateur, pourquoi pas aux industriels?

Je ne demande que ça. Je prépare un amendement pour qu’on puisse lancer des class actions vis-à-vis des industriels. Mais dans mon pouvoir de députée, je ne peux pas les mettre en prison. Je suis pour ce qui se passe aux Etats-Unis. Des familles de malades attaquent des industriels. Beaucoup gagnent d’ailleurs. La loi Santé a l'ambition d'étendre les actions de groupe pour les produits de santé comme le Mediator. Malheureusement, dans la loi, on ne parle pas des produits dangereux et toxiques comme le tabac. Je rédige en ce moment un amendement en ce sens.

Vous allez aussi mettre au chômage les buralistes…

J’ai une idée. Je voudrais qu’ils aient d’autres attributions. J’ai créé un groupe de travail pour trouver des alternatives. Je pense aux médicaments de base comme l’aspirine, des tests de grossesse. On les met en grande surface, mais elles n’en ont pas besoin pour vivre.