Congélation d’ovocytes: Pourquoi l’idée de Facebook et Apple ne passe pas en France

MEDECINE Les deux entreprises souhaiteraient faciliter la congélation d’ovules des femmes qui travaillent pour elles...

N.Beu.

— 

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, le 10 octobre 2014 à Paris
La ministre de la Santé, Marisol Touraine, le 10 octobre 2014 à Paris — François Guillot AFP

Facebook et Apple ont jeté un froid jusqu’en France. En proposant à leurs employées de leur payer un traitement de congélation d’ovocytes pour leur permettre d’avoir des enfants plus tard, selon une information de NBC News, les deux entreprises de la Silicon Valley ont visiblement glacé le sang de Marisol Touraine. Mercredi, sur Europe 1, la ministre de la Santé s’est dite «préoccupée d’entendre que c'est un projet porté par des entreprises». «Le débat est un débat médical, éthique, ça n'est certainement pas un débat pour directeurs de ressources humaines», a-t-elle averti.

Si la ministre ne s’est pas montrée très chaude à cette idée, c’est que la France a réservé cette pratique aux cas de «raison médicale» depuis la loi de bioéthique de juillet 2011. Sa mise en œuvre est donc devenue courante, mais seulement pour les femmes dont la fertilité est menacée par un traitement stérilisant comme dans le cas d’un cancer.

L'égalité hommes-femmes?

L’embarras de la France est également lié à l’approbation grandissante d’une partie de l’opinion et des spécialistes médicaux. Selon un sondage réalisé par YouGov pour 20 Minutes en mai, 46,3% des femmes interrogées se disaient ainsi favorables à l’autoconservation sociétale des ovocytes. Surtout, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) s’est prononcé dès décembre 2012 pour sa généralisation.

Il justifiait notamment sa décision par le fait que l’âge de la maternité ne cesse de reculer, tandis que les femmes qui consultent pour infertilité sont, elles aussi, de plus en plus âgées. La congélation d’ovocytes étant «la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus», le CNGOF appelait donc à l’autoriser. «L’autoconservation de convenance est possible pour les hommes. Il n’y a pas de raison particulière pour que cela ne soit pas autorisé pour les femmes», ajoutait-il.

Un «énorme mensonge»

Depuis deux ans, pourtant, la situation semble gelée. Interrogé par le site Metronews, Bernard Hedon, le président du CNGOF, estime qu’il y a «des blocages» «en haut». «Sans doute car le problème de la congélation des ovocytes se télescope avec les vifs débats sur la PMA hors indications médicales, détaille-t-il. Les deux n'ont rien à voir, mais cela peut expliquer que le gouvernement n'y mette pas la moindre phalange.»

Outre l’aspect politico-éthique du dossier, la question de la congélation d’ovocytes pose également des problèmes techniques. «Cette technique médicale impose de stimuler la production des cellules reproductrices de la patiente puis de ponctionner ses ovocytes sous anesthésie, locale ou générale. Ceux-ci sont alors vitrifiés et conservés dans de l’azote liquide jusqu’au moment où ils seront fécondés in vitro pour être réimplantés chez la femme. Le processus est long, complexe, avec un taux de réussite faible», explique à La Croix le professeur Louis Bujan, chef du pôle femme, mère, couple au CHU de Toulouse. «C’est un énorme mensonge que de laisser croire au public qu’il suffirait de mettre des ovocytes au congélateur pour se reproduire quand vous le voulez!» déplore-t-il. En matière de congélation d’ovocytes, la France n’a visiblement pas fini de souffler le chaud et le froid.