Chirurgie et médecine esthétique: La fin d’un tabou en France?

BEAUTE Près d’un Français sur dix avoue avoir eu recours à une aide médicale pour embellir son apparence…

Romain Scotto

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Illustration: chirurgie esthétique en juin 2012 à Paris.
Illustration: chirurgie esthétique en juin 2012 à Paris. — DURAND FLORENCE/SIPA

En attendant de trouver la véritable fontaine de Jouvence, ou d’être frappé du syndrome de Benjamin Button, les Français ont de moins en moins de réticences à livrer leur corps aux mains d’un médecin ou chirurgien esthétique. Quarante ans après l'introduction des premières techniques en France, ils sont également nombreux à l’assumer puisque près d’un sur dix (8%) reconnaît y avoir eu recours un jour, selon un sondage Yougov pour 20 Minutes. Pour Tracy Cohen, directrice de la clinique des Champs Elysées à Paris, la parole se libère lentement sur le sujet, mais tout dépend du domaine concerné.

En médecine esthétique, «les gens ont de moins en moins de réticences à en parler. Les patientes viennent entre copines, voire en couple. Elles se motivent, recommandent ouvertement un médecin.» En revanche, en chirurgie, le sujet reste tabou. Les patients n’en parlent pas ouvertement, choisissent une période de vacances pour l’opération, «quand ça ne se verra pas au travail», précise la directrice qui observe beaucoup moins de réserves à l’étranger. Spécialiste de la pose de prothèses mammaire et de fessiers, le docteur Patrick Baraf évoque «une grosse culpabilité en France qui n’existe pas dans certains pays. On ne veut pas que ce soit connu. On dit: "Non, je n’ai rien fait. J’ai toujours eu des seins comme ça"».

La chirurgie de l'intime, chirurgie du secret

Parmi les personnes qui acceptent d’évoquer leur intervention, 18,3% assument un nez refait (rhinoplastie), 11,1% des injections antirides, 11% un ventre remodelé (abdominoplastie), 8,4% une liposuccion des cuisses, 4,3% des fesses et 4,1% une augmentation mammaire. Sauf que dans les faits, la liposuccion reste l’opération la plus pratiquée. Viennent ensuite l’augmentation mammaire, la rhinoplastie, l’opération des paupières et un peu plus loin les opérations sexuelles, rassemblées sous l’appellation «chirurgie de l’intime». Hommes et femmes confondus, cette dernière catégorie «représente aujourd’hui 10% de nos demandes», note Tracy Cohen. «Là, les gens veulent un maximum de discrétion. Pour un allongement de pénis, certains hommes créent des adresses mails spécifiques, anonymes, ne veulent pas donner leur numéro de téléphone.» Preuve que les complexes sont parfois très encombrants.

Pour une grande majorité de patients, l’objectif d’un petit coup de pouce médical est d’«embellir leur apparence physique» (40,8%). Les autres souhaitent «masquer certaines imperfections apparues au cours de leur vie» (21,9%) ou simplement «rajeunir» (13,7%). «Les gens ne supportent plus le vieillissement. Chez les hommes, l’angoisse première concerne la calvitie. Certains viennent même très jeunes pour être rassurés alors qu’ils n’ont pas de perte de cheveux», observe Tracy Cohen.

Avec la crise, une nouvelle demande émerge également depuis quelques années. De plus en plus de personnes souhaitent s’offrir une seconde jeunesse pour optimiser leurs chances à l’embauche. «A 45-50 ans, malheureusement, les employeurs ne se cachent plus pour dire aux gens qu’ils n’ont plus la tête de l’emploi. Des personnes en détresse viennent nous voir», note le docteur Bennaïm. Encore faut-il en avoir les moyens quand on est au chômage.

L'enquête a été réalisée sur 1012 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne sur le panel propriétaire YouGov France, du 8 au 9 octobre, selon la méthode des quotas. Rejoignez le panel YouGov