Chirurgie sexuelle: «Des types veulent un sexe avec 8cm de plus. On ne peut pas faire ça»

INTERVIEW Le docteur Marc Abecassis, pionnier de la chirurgie esthétique intime, évoque la vision très humaine de son métier…

Propos recueillis par Romain Scotto

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En chirurgie esthétique, les agrandissements et épaississements de pénis sont désormais fréquents.
En chirurgie esthétique, les agrandissements et épaississements de pénis sont désormais fréquents. — Chameleons Eye/REX/REX/SIPA

Depuis 1992, le docteur Marc Abecassis a fait de l’agrandissement de pénis, la vaginoplastie ou la reconstruction d’hymen, sa spécialité. En tant que chirurgien esthétique, il est le premier témoin des complexes sexuels des Français. Un univers encore tabou, même si les patients n’hésitent plus à consulter lorsqu’il s’agit de leur intimité.

En cinq ans, la chirurgie de l’intime a-t-elle vraiment explosé en France ?

Disons qu’elle est en grande croissance parce que les techniques sont rendues plus faciles pour le chirurgien ou le patient. Plus rodées, plus sûres. Le patient se sent beaucoup plus à l’aise. Que ce soit pour l’augmentation du pénis (allongement, épaississement) chez l’homme et la vaginoplastie, nymphoplastie (attention, ces liens peuvent choquer un public jeune) et la reconstruction de l’hymen chez la femme.

Qu’apprenez-vous de leurs complexes aujourd’hui?

Ce métier m’a appris l’écoute, l’empathie. A respecter les idées de chacun. Certaines peuvent paraître loufoques. Il faut comprendre que les demandes sont capitales pour le patient. Ce sont des gens extrêmement touchants. J’ai vu des hommes puissants dans leur vie professionnelle qui étaient comme des petits enfants dans le cabinet. Avec les larmes aux yeux. Ils se sentent affaiblis, inhibés. «Docteur, je ne peux pas aller à la piscine, faire le sport que j’aime.» Ils ont une vie sexuelle misérable. Les femmes qui ont de petites lèvres qu’elles ne supportent pas ne font plus de vélo, d’équitation. Elles n’osent plus avoir des relations avec un homme parce que «c’est affreux», ça leur «pourrit la vie». Dans leur tête, ça prend des proportions énormes.

Certains ne se croient pas normaux alors qu’ils le sont…

Absolument. Le boulot est de les persuader qu’ils sont tout à fait normaux. «Mais monsieur, j’ai vu des pénis plus petits, vous êtes normal, etc.» Les filles, même chose. Il faut les apaiser. Ensuite, si les patients ont vraiment besoin de l’opération, on avance. Ils ont un schéma de leur corps qui n’est pas accepté par leur esprit.

Refusez-vous certaines demandes?

J’accorde toujours un délai de réflexion. C’est nécessaire pour le patient mais aussi pour le chirurgien. J’ai besoin de 15 jours pour réfléchir. Les demandes des patients ne sont parfois pas réalistes. Quand ils veulent un résultat que je ne peux pas leur donner. Un sexe trop gros ou trop long par exemple. Des types veulent un sexe avec 8cm de plus. On ne peut pas faire ça. C’est irréalisable. Il faut s’adapter à l’anatomie.

Quelle est l’influence du porno sur les demandes?

Il y a cela, oui. On s’exhibe davantage aussi aujourd’hui. Dans les salles de sport. Il y a plus de visualisation, d’ouverture sur les corps des autres. En tant que chirurgien, il faut être vigilant pour ne pas uniformiser tout le monde. Je ne vais pas transformer, mais harmoniser les choses. Faire en sorte que l’organe soit le même qu’avant. Plus gros, oui, mais le même qu’avant.

Quelles sont les nouvelles demandes?

Il y a le grossissement des testicules. On pose des prothèses qui ne sont pas des prothèses de substitution, pour remplacer un testicule cancéreux. On le fait depuis trois ans, toujours avec réserve. C’est en cours d’expérimentation. Les techniques sont en train d’être confirmées.

La reconstruction de l’hymen est aussi une pratique en augmentation…

C’est un sujet sensible. Il concerne certaines populations avec, je dirais, des contraintes. Les femmes ne le font pas forcément pour une raison religieuse, mais plutôt pour une raison sociale, familiale, culturelle. On pense automatiquement aux musulmanes, mais j’ai une petite majorité de musulmanes. En Chine, où je faisais des hyménoplasties, c’était pour des raisons sociales. Elles estimaient qu’une femme vierge avait un futur plus agréable.

Et qu'en est-il de l'augmentation du point G?

C’était fréquent à un moment donné. Je ne le fais pas. L’injection du point G avec acide hyaluronique va viser à grossir une zone érogène et la femme va davantage ressentir cette zone mécaniquement sollicitée.