Ebola: La psychose, un autre mal à combattre

EPIDEMIE Alors que le virus s’est exporté hors d’Afrique, la peur grandit en France. A tort, a priori…

Romain Scotto

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Des membres de la Croix-Rouge se préparent à récupérer le corps d'une victime du virus Ebola, le 4 octobre 2014 dans le quartier de West Point, à Monrovia, au Liberia
Des membres de la Croix-Rouge se préparent à récupérer le corps d'une victime du virus Ebola, le 4 octobre 2014 dans le quartier de West Point, à Monrovia, au Liberia — Pascal Guyot AFP

Comme si leur travail n’était pas assez ardu comme ça, les virologues chargés d’endiguer l’épidémie d’Ebola font désormais face à un autre mal, moins ravageur certes, mais tout aussi insidieux: la panique qui commence à toucher la population certains pays occidentaux dont la France. Depuis que le virus s’est exporté du continent africain, l’inquiétude grandit malgré le discours très rassurant des scientifiques. A ce jour, deux tiers des Français craignent une épidémie sur le territoire, alors qu’une étude britannique discutable fixe à 75 % le risque d’importation du virus en France avant le 24 octobre.

Lundi, ce début de psychose a poussé trois parents à retirer leurs enfants de leur école de Boulogne-Billancourt, pour les éloigner d’un écolier de retour de Guinée. Un comportement jugé «complètement irrationnel» par Sylvain Baize, directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l'Institut Pasteur. «Ce n’est pas utile d’un point de vue de santé publique. C’est un comportement à éviter car c’est contre-productif et problématique au niveau social. Les enfants vont se sentir rejetés».

L'ignorance à l'origine de la peur

Des recommandations officielles du ministère de la Santé ont été édictées, et il n’y aurait pas de raison de les remettre en cause selon l’épidémiologiste. Même en cas de scénario catastrophe, si un enfant était porteur du virus, le spécialiste resterait rassurant : «Je suis convaincu que si l’enfant malade allait à l’école, il n’y aurait aucune contamination à la fin de la journée. La contagion arrive que quand les malades ont des signes cliniques avancés. Ils vomissent, ont de la diarrhée, transpirent à grosses gouttes. Pas avant.»

Pour lui, le terreau de cette psychose naissante n’est autre que l’ignorance. Au sujet d’Ebola, «les gens ne connaissent pas les modes de transmission du virus (par contact avec les fluides du malade).» Au point de remettre en doute le discours officiel. Sur les forums, il est aussi question de théories du complot, malthusianisme caché. On s’interroge : «Qui a créé le virus?», «Que veut-on nous cacher?» Certains affirment même que tout est déjà écrit: l’épidémie actuelle ne serait que le remake réel du film Alerte, sorti en 1995 mettant en scène une ville américaine infectée, des populations internées dans camps médicalisés. Le tout sur fond de complot étatiste destiné à masquer la responsabilité des services de santé de l’armée américaine…

Le Sras ou le Mers-cov plus dangereux qu'Ebola?

Pour expliquer la peur irrationnelle d’Ebola en Europe, le professeur de l’OMS Melissa Leach évoque son taux de mortalité important (60%) et l’absence de vaccin pour s’en prémunir. «Pourtant en dépit d’une augmentation de la fréquence, le nombre des décès reste globalement relativement faible (3.300 au total).» A titre comparatif, dans la même région d’Afrique, la fièvre de Lassa fait depuis des années beaucoup plus de morts qu’Ebola (5.000 à 6.000 par an). Le sida, les maladies respiratoires, la malaria ou la diarrhée tuent également beaucoup plus.

«Il faut relativiser, poursuit Sylvain Baize. Si je devais vraiment avoir peur d’un virus en France, ce serait plutôt le Sras ou le Mers-cov, ce nouveau coronavirus venu du Moyen-Orient». Avec un taux de mortalité de 40% et une transmissibilité 10 fois supérieure à Ebola, Mers-cov a été détecté deux fois en France récemment. Un simple éternuement à moins de 30 cm de distance suffirait à contaminer de nouveaux malades. De quoi nourrir une autre psychose médicale.