Ebola: «Une épidémie est peu probable aux Etats-Unis»

EPIDEMIE Un virologue calme la psychose née aux Etats-Unis après le diagnostic tardif d'un patient libérien infecté sur le territoire américain...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Un résident de l'établissement où réside le patient contaminé par le virus Ebola au Texas à Dallas, (Etats-Unis) le 1er octobre 2014.
Un résident de l'établissement où réside le patient contaminé par le virus Ebola au Texas à Dallas, (Etats-Unis) le 1er octobre 2014. — SIPANY/SIPA

Au Texas, l'inquiétude grandit après le diagnostic tardif d'un patient libérien, arrivé le 20 septembre sans aucun symptôme, qui a déclaré la maladie d'Ebola quatre jours plus tard. Pourtant, il n'y a pas de risque d'épidémie aux Etats-Unis comme le rappelle Noël Tordo, responsable de l’unité stratégies antivirales à l'Institut Pasteur de Paris. Encore une fois, le scientifique tient à calmer les esprits.

Il s'agit du premier cas déclaré hors d’Afrique. Doit-on réellement s’inquiéter ?

Non. Ce type de cas pouvait se produire. La phase d'incubation de la maladie dure de 2 à 21 jours. En gros, quelqu’un qui prend l’avion en provenance d’un pays à risque peut être dans ce délai. Il n’est pas encore infectieux. Les mesures prises dans les aéroports de Freetown, Monrovia et Conakry sont des mesures de température. Elles servent simplement à détecter les gens symptomatiques. Ceux qui sont contagieux. 

Mais une fois dans un autre pays, elle peut contaminer d'autres personnes...

Une épidémie même localisée aux Etats-Unis est fort peu probable. S’il y a une suspicion d’Ebola, on vous fait un test d’Ebola. Si vous l’avez, on vous met dans une chambre sous pression avec la sécurité nécessaire. Même si la personne a été en contact avec des personnes, ces personnes vont être suivies de manière efficace parce que les gens seront plus motivés (qu’en Afrique). Un des drames de la situation actuelle d’Ebola, c’est qu’il était limité à des régions forestières. Maintenant on trouve la maladie dans des villes. Il est plus difficile de suivre quelqu’un dans une capitale que dans la forêt où tout le monde connaît tout le monde. Actuellement aux Etats-Unis, tous les contacts de la personne sont suivis. Il ne faut pas être alarmiste.

Pourtant la psychose se développe très vite. Même la bourse américaine est touchée...

Oui, il y a même des films faits sur Ebola. C’est la chose qui fait peur. Ceci étant dit, il faut différencier la chose qui fait peur et les risques réels. Ebola est une maladie dramatique en Afrique. Le contexte, la prise en charge, est différent en Occident. Vous avez plus de chances de survivre si vous êtes pris en charge précocement. Et si vous êtes dans des structures développées, plutôt que dans un hôpital rudimentaire africain.

Ce patient a été renvoyé chez lui une première fois avant d’être diagnostiqué. Le risque n'est-il pas de ne pas avoir la suspicion d’Ebola?

Oui. Dans des pays où on n’est pas habitués à ces maladies, ça peut arriver. Mais bon il n’a pas traîné longtemps dehors. Si vous dites que vous revenez d’Afrique occidentale, que vous vous sentez mal, le médecin va immédiatement penser à la chose. Le tout est que les tests soient disponibles quand la situation le demande. Ils le sont en France.

En période d’incubation, il n’y a vraiment aucun moyen de détecter Ebola ?

Les chercheurs travaillent là-dessus. Ils cherchent des marqueurs précoces. On a monté une task force pour cela. Il n’y a pas que des marqueurs viraux, mais on cherche des marqueurs de l’organisme qui réagirait en période d’incubation. Mais jusqu’à présent, Ebola était une maladie négligée. Il n’y avait pas beaucoup de recherche là-dessus.

Que peut-on imaginer pour éviter qu'un cas comme celui des Etats-Unis se répète?

(Ironique) La solution, c’est de garder les gens à l’aéroport 21 jours avant qu’ils prennent l’avion? On ne peut pas faire ça. Et on ne peut pas non plus couper les relations avec les pays infectés en disant qu’on laisse la maladie mariner là-bas toute seule. C’est impossible évidemment.