Précarité: Les femmes enceintes de plus en plus touchées en Ile de France

MATERNITE L’association pour le développement de la santé des femmes (ADSF) alerte sur la situation des futures mamans dans la misère...

R.S.
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Une jeune femme rom enceinte, le 13 février 2013 à Ris-Orangis.
Une jeune femme rom enceinte, le 13 février 2013 à Ris-Orangis. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Qu’il sillonne les rues de l’Ile de France, s’immisce dans les squats, les foyers sociaux ou les camps de migrants, Bernard Guillon vient en aide chaque semaine aux femmes en détresse. Ce gynécologue, président de l’association pour le développement de la santé des femmes depuis treize ans, dresse un tableau inquiétant de la situation des femmes enceintes dans la précarité. A Paris, 80 à 100 d'entre elles dormiraient chaque nuit dans la rue. 15% auraient un logement non stable et un millier accoucherait à l’hôpital sans jamais avoir vu le moindre médecin. «Et la situation s’aggrave. On ne va pas vers une solution du problème», alerte le docteur.

«L’efficacité du suivi de la grossesse n’est plus à prouver. Dans une société comme la nôtre, on peut penser que chaque personne doit bénéficier des bienfaits du suivi anténatal. Trouver des femmes enceintes ou avec enfants dans la rue, c’est un signe», poursuit-il. Dans les faits, un tiers de ces femmes accoucherait par césarienne (contre 18% en moyenne). Celles-ci donnent aussi naissance à deux fois plus d’enfants prématurés.

40 futures mamans médicalisées depuis février

Les risques d’hypertension, d’hémorragies, de diabète gestationnel, sont également accrus dans ce genre de situation. L’ADSF organise donc des maraudes nocturnes dans toute l’Ile-de-France avec un camion médicalisé, pour sensibiliser ces femmes à l’importance du suivi médical pendant la grossesse. «On discute avec elles, on leur parle, on leur explique comment gérer la contraception, on prend des rendez-vous médicaux», note le gynécologue. Depuis février, 40 d’entre elles auraient déjà été «remises sur le chemin des hôpitaux.»

D’une manière générale, la précarité exclut certaines femmes du parcours de soins. Mais selon le médecin, leur désir d’enfant est rarement altéré par la misère. «C’est le même désir que chez les patientes habituelles. Il y a chez ces femmes une valorisation sociale importante à travers l’enfant. Avec un enfant, vous avez droit à un suivi, parfois à un hôtel quand vous appelez le 115. L’enfant, c’est le retour vers la normalité.» Du moins l'espoir de renouer avec ce sentiment oublié.