Maux de dos, ampoules et cors au pied: Les hôtesses du Mondial de l'Auto face à la dictature des talons hauts

PODOLOGIE Dans le cadre de leur activité professionnelle, certaines hôtesses malmènent leurs pieds. Et par conséquence, tout leur corps…

Romain Scotto

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Une hôtesse portant des talons hauts lors d'un salon automobile à Genève en mars 2013.
Une hôtesse portant des talons hauts lors d'un salon automobile à Genève en mars 2013. — PUHOVSKI/CROPIX/SIPA

En déposant son CV pour le salon de l’Auto qui ouvre ses portes jeudi à Paris, Salina n’avait qu'une seule crainte en début de semaine: «Porter des talons hauts toute la journée.» A priori, cette hôtesse de 29 ans adoptera bien le dress code habituel de ce genre de manifestation en chaussant des escarpins pendant quinze jours. Pour cette adepte des ballerines, le changement est toujours traumatisant. Ce rehaussement de 12cm la fait souffrir du dos. Elle avoue aussi à demi-mot un «cor au pied» persistant. Un souci que partage Sandy, 24 ans mais déjà expérimentée dans ce milieu régit par le diktat du talon haut. «Les escarpins, c’est un calvaire. Moi qui suis petite, j’en mets quand je travaille. Et je souffre.» Sans vraiment avoir le choix.

A croire Claude Guillaume, directrice d’une agence d’hôtesses à Paris, le port des talons hauts est difficilement négociable au salon de l’Auto. «C’est obligatoire en général. Ça dépend de la marque, des constructeurs.» Soucieuse du confort des jeunes filles, elle se permet néanmoins de conseiller ses clients (les constructeurs) pour que les hôtesses portent des tenues «adaptées» à l’événement. «Un salon, ce n’est pas une soirée pour un parfum à Versailles. C’est long, c’est difficile. C’est comme à Roland-Garros où toutes nos hôtesses ont des chaussures plates.»

Centre de gravité déplacé

S’il galbe le fessier, acère le mollet et dévoile la poitrine, le talon haut est aussi source de traumatismes importants sur la chaîne posturale du corps. «Des pieds à la tête», indique Philippe Villeneuve, podologue-ostéopathe président de l’association de l’association de posturologie internationale. Au-delà des problèmes classiques d’ampoules, cals, cors et frottements «les talons poussent le corps en avant. Le centre de gravité est déplacé. On augmente les contraintes au niveau de l’avant du pied, causant des métatarsalgies [douleur causée par une inflammation de la plante du pied].» Pour corriger ce déséquilibre, «la tête se met en arrière, sollicitant les muscles du cou et du dos. Ils peuvent alors coincer un nerf, une artère et causer des maux de tête.»

Au niveau du pied se forment de petites bosses, des dos métatarsiens. «Cela fait mal. Les gens peuvent être très handicapés dans leur capacité de locomotion», observe le podologue. En poussant le bouchon un peu loin, chez les patients diabétiques, cela peut même aller jusqu’à une amputation.

Semelles de posture

Une étude de 2012 publiée dans le Journal of applied physiology prouve aussi que les femmes habituées aux talons marchent différemment de celles qui n’en portent pas. Pieds nus, leurs enjambées sont plus courtes, leurs mollets raccourcis et leurs tendons moins sollicités, ce qui les fatigue plus vite et les expose à des blessures. S’il est constamment en tension, le mollet n’exerce plus son rôle de «pompe», ce qui peut être source de troubles circulatoires.

Pour le spécialiste, l’usage des escarpins doit donc rester mesuré. Il prône la règle de l’alternance entre chaussures plates et surélevées. Mais aussi l’utilisation de semelles dites «de posture» à capteurs sensoriels, comme en portent certains petits rats d’Opéra. L’idée est d’envoyer une information au cerveau pour rééquilibrer la posture malmenée par le talon haut, un artifice né au XVIe siècle à Venise pour éviter de se salir les pieds dans la boue. Aux dernières nouvelles, le revêtement est un peu plus propre au salon de l'Auto.