Alcool: Même sans être dépendant, tout consommateur prend des risques pour sa santé

SANTÉ La consommation d’alcool en France cause la mort de 49.000 personnes chaque année...

Bérénice Dubuc

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Jeunes consommant de l'alcool sur la voie publique, illustration.
Jeunes consommant de l'alcool sur la voie publique, illustration. — VARELA/20 MINUTES

«Toute consommation régulière d’alcool peut entraîner des répercussions sur la santé.» C’est en substance le message que cherchent à faire passer au grand public trois associations -SOS Addictions, Pharm’addict et le Comité pour la Valorisation de l'Acte Officinal (CVAO)- qui ont tenu un colloque sur le sujet jeudi dernier.

«49.000 morts liées à la consommation d’alcool sont comptabilisées chaque année en France, rappelle Philippe Batel, médecin addictologue, vice-président de SoS Addiction et médecin coordinateur de la clinique Montevideo. Il est faux de penser que tous ces morts sont alcooliques, ont le nez rouge, et boivent plusieurs bouteilles par jour. Parmi eux, il y a celui qui a eu un accident de la route après une soirée arrosée, ou la femme qui boit plus de trois verres par jour et a attrapé un cancer du sein.»

Maladies du foie, hypertension et cancers

Stéphane Robinet, pharmacien et président de Pharm’addict, association de pharmaciens d’officine impliqués dans le suivi de patients présentant des comportements addictifs, abonde: «L’alcool est un produit psycho-actif puissant, qui peut être dangereux dès qu’il est consommé.»

Pourtant, plus de 25% des Français boivent des quantités d’alcool qui présentent des risques pour leur santé, voire qui les mettent en danger de mort, selon Philippe Batel. Pour Jean-Michel Mrozovski, pharmacien et président du CVAO, «les gens se pensent à l’abri car ils estiment avoir une consommation “événementielle“. Il n’y a pas de dangers évidents, c’est un risque invisible.»

Ces dangers? «D’abord, ceux liés à la toxicité du produit sur les organes et le fonctionnement du cerveau, et qui sont directement liés au nombre de verres qui passent par la bouche en une semaine, comme les maladies du foie, l’hypertension ou encore le cancer», indique Philippe Batel. Il note ainsi que, au-delà de 14 verres par semaine, une femme voit augmenter le risque de déclarer, par exemple, un cancer du sein. Chez les hommes, c’est au-delà de 21 verres par semaine que les risques pour la santé sont accrus.

Sensibiliser le grand public

Le spécialiste ajoute qu’il existe un deuxième type de risques, liés à notre comportement lorsque l’on boit beaucoup en un temps réduit. «Au-delà de 5 verres pour un homme et 4 pour une femme, on voit augmenter le risque de ne pas voir un danger, d’avoir des rapports sexuels non protégés dont peut résulter une IST, le risque d’agression (qu’on soit victime ou agresseur)…» énumère Philippe Batel, qui martèle: «Moi, je ne sais pas qui est alcoolique et qui ne l’est pas. Et pourtant c’est mon métier. Tout ce que je sais, c’est à partir de quand on prend des dangers pour sa santé.»

Et pour sensibiliser le grand public à ces risques bel et bien réels, les pharmaciens sont mobilisés. «Il y a quelque 22.000 pharmacies dans toute la France, où les gens peuvent venir sans rendez-vous, de 8h30 à 22h30 grosso modo, voir un professionnel de santé pour lui poser des questions», rappelle Stéphane Robinet. «Cela peut-être une intervention brève, peut-être juste de dire le mot “alcool“, qui peut déclencher un phénomène de pensée pour accéder à une prise de conscience», enchaîne Jean-Michel Mrozovski. Et réduire le nombre de morts liées à la consommation d’alcool.