Des enfants portent une chauve-souris à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 8 avril 2001
Des enfants portent une chauve-souris à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 8 avril 2001 — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

EPIDEMIE

Ebola: La malédiction de la chauve-souris frugivore

Chassée pour sa viande, elle est le réservoir naturel du virus Ebola…

A force de lui associer toutes sortes de malédictions, il fallait bien que la chauve-souris se venge sur l’être humain d’une façon ou d’une autre. En Afrique de l’ouest, les scientifiques ont démontré qu’elle était à l’origine de l’épidémie d’Ebola, responsable à ce jour de 2.461 décès, selon l’OMS. Elles n’ont évidemment pas contaminé tous les malades, mais ont permis au virus de se développer en faisant office de «réservoir naturel».

Après transmission à l’animal (singe, antilope), la fièvre hémorragique Ebola a ensuite touché l’homme pour devenir l’épidémie que l’on connaît. En réalité, c’est en 2004 que les petits mammifères volants ont été identifiés comme incubateurs du virus. Pour cela, Eric Leroy, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement au Gabon, a mis en place une double méthodologie.

Des petits vertébrés près des carcasses de grands singes

Pendant plusieurs années, son équipe a capturé des animaux pour rechercher chez eux les différents marqueurs du virus. Il a également développé une phase expérimentale en observant la manière dont le virus se développe chez les bêtes infectées. Basé dans un pays largement touché par Ebola (mais pas cette année), il a pu, à plusieurs reprises, se rendre au plus près des points d’émergence de l’épidémie, au contact des premiers cas humains.

«C’est là qu’on est le plus proche du passage de l’animal à l’homme. On localise le lieu précis où a pu se produire le transfert», indique le spécialiste. Petit à petit, un faisceau de présomption incrimine les chauves-souris frugivores tropicales. Au Soudan, une épidémie éclate dans une usine de coton où résident ces animaux. Puis en 2001, une autre ravage 80% des grands singes du Gabon. Des petits vertébrés sont capturés près des carcasses de primates infectés. Le cycle de transmission de ce virus hautement pathogène est alors établi.

Un plat typique de l'Afrique de l'ouest

Pour les scientifiques, cette connaissance est déterminante en termes de prévention. Car en Afrique de l’ouest, la chauve-souris constitue un mets de choix. On grille ses ailes, déguste sa chair séchée, ce qui est évidemment problématique pour contenir une épidémie. Dans le cas présent, de nombreux observateurs ont dénoncé le manque de discernement de populations rurales qui continuent de cuisiner l'animal. «Le regard des gens n’a pas changé, regrette Eric Leroy. C'est ce qui a contribué à l'explosion de l'épidémie.»

En réalité, c’est d’abord le dépeçage, l'instant où l'homme entre en contact avec les fluides de l'animal, qui entraîne la contagion. Les chauves-souris souillent aussi les végétaux par leurs déjections, ce qui peut potentiellement les infecter avant d’être ingérés par l’homme. Récemment, la FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation, a donc envoyé un nouveau message de prévention: «Les populations ont besoin de directives claires, comme ne pas toucher les animaux morts, vendre ou manger la chair d’animaux trouvés morts.»

Elle souligne encore que le virus Ebola «n’est anéanti que lorsque la chair est cuite à haute température ou bien fumée». Et qu’il serait sûrement vain et irréaliste d’interdire la chasse en milieu rural. Si tel était le cas, il faudrait trouver d’autres sources d’alimentation animale à long terme dans cette région, voire fournir des compléments  protéinés aux habitants. Ou comment gérer une crise alimentaire après la crise sanitaire.