Ebola: Que faut-il attendre des sérums de convalescence?

EPIDEMIE C’est la solution thérapeutique privilégiée par l’Organisation mondiale de la santé…

Romain Scotto

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Un panneau d'information sur le virus Ebola, à Conakry en Guinée le 8 septembre 2014
Un panneau d'information sur le virus Ebola, à Conakry en Guinée le 8 septembre 2014 — Cellou Binani AFP

Dans l’urgence, les protocoles scientifiques les plus rigoureux connaissent parfois une version accélérée. En attendant la mise sur le marché hypothétique des vaccins américains et canadiens contre le virus Ebola, l’OMS a validé l’expérimentation des sérums de convalescence: des traitements expérimentaux dont le principe est connu depuis de nombreuses années mais dont l’effet n’est pas vérifié. L’idée est de récupérer du sang chez des personnes ou des animaux affectés par le virus, en phase de rémission. Dans cet état, leur organisme produit des anticorps qu’il s’agit de récupérer pour les transfuser sur des malades. Les anticorps en question se trouvent dans le sérum, la partie liquide du sang.

Par exemple, le sérum de convalescence ZMapp est lui issu de trois anticorps de souris. Il s’était montré très efficace chez des singes avant d’être utilisé chez les humains pour la première fois sur deux patients américains, les médécins Kent Brantly et Nancy Writebol, tous les deux infectés par le virus alors qu’ils soignaient des malades au Liberia. Traités aux Etats-Unis, ils sont désormais guéris. Mais il est néanmoins difficile d’évaluer le rôle joué dans leur guérison par le sérum.

L’efficacité des anticorps en question

Car de nombreuses questions se posent sur son efficacité. «On ne peut pas se prononcer, souligne Sylvain Baize, responsable du centre national de référence des fièvres hémorragiques virales. Jusque-là, les essais effectués n’étaient pas très carrés». Pour que l’anticorps soit efficace, celui-ci doit être «neutralisant». Or tous les anticorps générés par une personne infectée ne le sont pas. Selon les scientifiques, il est particulièrement difficile d’isoler les anticorps efficaces.

Ce médicament présente aussi un problème de sécurité sanitaire. Pour transfuser ces sérums, il faut s’assurer que ceux-ci ne soient pas contaminés par d’autres maladies. «Cela peut poser des problèmes à partir du moment où les banques de sang ne sont pas suffisamment surveillées. Ce n’est pas simple. Il y a des éléments pathogènes qui peuvent passer à travers le sérum», enchaîne Noel Tordo, responsable de l’unité stratégies antivirales, de l’Institut Pasteur. La question des conditions de transfusion se pose également. Manipuler du sang contaminé par Ebola n’est pas sans risques pour le personnel médical.

Un effet bénéfique social

Mais à court terme, le sérum reste quoi qu’il arrive le médicament le plus disponible puisque de nombreux malades sont en phase de guérison. Les scientifiques évoquent enfin le bénéfice «social» de cette option. Qu’il fonctionne ou non, le sérum de convalescence permettra peut-être à des malades en phase de guérison de ne plus être considérés comme des pestiférés dans leurs villes ou villages, y compris après leur rémission. L’un des nombreux aspects invisibles de l’épidémie.