Salle de shoot expérimentée en France: «Ça m’a permis de réduire un peu ma consommation»

INTERVIEW Usager de drogues depuis plus de dix ans, Mo, 28 ans, raconte à «20 Minutes» comment il a bénéficié du dispositif d’Accompagnement et d’éducation aux risques liés à l’injection (Aerli) à Pau (Pyrénées-Atlantiques)…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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La votation populaire sur la salle de consommation de drogue qui devrait s'implanter autour de la gare du Nord, organisée à l'initiative d'un élu UMP, a attiré dimanche de nombreux Parisiens venus pour la plupart dire leur refus du projet.
La votation populaire sur la salle de consommation de drogue qui devrait s'implanter autour de la gare du Nord, organisée à l'initiative d'un élu UMP, a attiré dimanche de nombreux Parisiens venus pour la plupart dire leur refus du projet. —

Cocaïne, héroïne, kétamine. «Tout ce qui s’injecte», résume Mo. Agé de 28 ans, ce toxicomane a pu bénéficier du programme d’Accompagnement et d’éducation aux risques liés à l’injection (Aerli) expérimenté par l’association Aides à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Il raconte son expérience à 20 Minutes

Quel est votre parcours de toxicomane?
J’ai 28 ans. Et je prends de la drogue depuis l’âge de 16 ans. Je suis ce qu’on appelle un «injecteur» depuis plus de dix ans. Cocaïne, héroïne, kétamine essentiellement. En gros, tout ce qui s’injecte.

Quel bilan tirez-vous du programme Aerli dont vous avez bénéficié?
Ça m’a beaucoup aidé. D’abord du point de vue de l’hygiène. J’ai pu avoir un vrai échange avec les bénévoles. A une époque, quand la seringue tombait par terre, je la ramassais et me faisais quand même un shoot.

>> Les faits: Des salles de shoot ont été testées discrètement

Maintenant, les choses sont différentes. Les bénévoles m’ont expliqué ce qu’il fallait faire pour limiter les risques. Par exemple, cela fait plus d’un an que je n’ai plus d’abcès au niveau des veines. C’est grâce au programme.

Expliquez-nous comment les choses se déroulent…
C’est assez simple. On prend rendez-vous. On commence toujours par un petit entretien avec le bénévole. Il vérifie qu’on n’est pas bourré par exemple. Ou quel type de produit on ramène… Ensuite, il y a une petite pièce au fond assez calme. Avec un canapé et une petite table. Je m’installe pour faire l’injection. Le bénévole regarde comment je m’y prends. On se parle ou pas, ça dépend.

>> Eclairage: Une salle de shoot, c’est quoi exactement?

Ensuite, il me laisse cinq ou dix minutes. Même une demi-heure si j’ai besoin. Et puis on débriefe.

Le bénévole ne vous aide pas à vous faire l’injection?
Non, jamais. Il ne fournit pas le produit non plus. On vient avec notre matos. Et il regarde. Ensuite, il conseille sur les bonnes et les moins bonnes pratiques.

Cela a-t-il modifié vos habitudes de consommation?
Oui, ça m’a permis de réduire un peu. Avant, je me faisais entre dix et quinze injections par jour. Aujourd’hui, je dirais que je me situe entre cinq et dix. Désormais, il m’arrive d’attendre l’heure du rendez-vous pour me faire un shoot. Je me dis que c’est mieux là-bas que dans la rue ou dans un parking souterrain.

La salle d’expérimentation est située en plein centre de Pau. Comment a réagi le voisinage lors de vos venues?
J’ai une grande crête et huit piercings sur la gueule. Alors que ce soit n’importe où, les gens se demandent toujours si je vais les mordre (rires). Mais je n’ai pas eu de problème particulier.