Sida: Des médicaments à titre préventif pour tous les homosexuels?

INFECTION L’Organisation mondiale de la santé préconise une telle mesure, face au regain de l’épidémie chez les populations à risques…

Romain Scotto

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Illustration: sida, recherche et médecine.
Illustration: sida, recherche et médecine. — FAROOQ NAEEM / AFP

Pour faire face à l’augmentation des infections par le virus du sida, l’OMS publie pour la première fois un rapport appelant les homosexuels à prendre à titre préventif des antirétroviraux. Il s’agit d’une méthode appliquée à des patients non infectés, en plus de l’usage des préservatifs dans le but de diminuer les risques de 20 à 25 %. Alors que s’ouvre le 20 juillet à Melbourne la conférence internationale sur le sida, cette mesure suscite malgré tout quelques questions.

 

 Quid de l’observance du traitement? En France, un essai «Ipergay» est actuellement mené sur 200 volontaires sains avec le Truvada, une pilule combinant deux antirétroviraux. Un essai du même type a également été mené aux Etats-Unis. A chaque fois, les médecins ont noté un problème de rigueur dans les prises du médicament. «Prendre un comprimé tous les jours, quand on n’est pas malade, n’est pas forcément évident», note Julie Chas, médecin au service infectiologie de l’hôpital Tenon. Dans le cadre de l’essai «Ipergay», qui est un schéma séquentiel avec des prises avant et après le rapport, le taux d’incidence du VIH serait de 4 % pour l’instant, alors que les médecins visent une limite de 3 %.

Quid des effets secondaires? «Il n’y en a aucun chez nos volontaires», observe Julie Chas qui suit les témoins depuis deux ans et demi. Elle ne peut donc pas se prononcer sur d’éventuels effets secondaires à long terme, d’autant qu’il ne s’agit pas de prises en continu. «Leur corps n’est pas imprégné du comprimé tous les jours.» Plus généralement, les antirétroviraux peuvent engendrer des effets secondaires (mauvaise tolérance digestive ou complications rénales) nécessitant une surveillance médicale régulière avec des prises de sang au moins tous les trois mois.

Quid du port du préservatif? L’OMS est bien claire dans son rapport: il ne s’agit en aucun cas de remplacer le préservatif. Pourtant, l’inquiétude des associations de prévention demeure. «Elles craignent que ça désinhibe ces personnes qui du coup ne mettraient plus le préservatif», indique Virginie Masse, médecin infectiologue à l’hôpital d’Argenteuil. Toutes les autres infections sexuellement transmissibles, dont l’hépatite B, C, et la syphilis, pourraient exploser. Elle met donc en avant la «prévention combinée», ainsi que la nécessité de se faire dépister: «Au lieu de dire: "Je fais n’importe quoi avec un comprimé", le message est plutôt: "je mets le préservatif et je me dépiste."»

Quid du financement? A 30 euros le comprimé, soit environ 530 euros le traitement mensuel, la question du coût est essentielle. Comme les essais n’ont pas encore montré leur efficacité, la haute autorité de santé ne s’est pas encore positionnée sur le sujet. S’ils sont efficaces, les critères de prescription du produit seront ensuite établis, ainsi que son mode de remboursement. Autant dire que cette perspective est encore très éloignée. «Le message de l’OMS booste les médecins qui développent des essais, les associations aussi, mais cela ne veut pas dire qu’en France les gens ont accès au Truvada officiellement. Ce n’est pas possible», note Julie Chas. A ce jour, seules les personnes atteintes du VIH y ont accès sur ordonnance de médecin hospitalier.