Délais d’attente pour passer une IRM: «La situation est surréaliste en France»

INTERVIEW Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues, réagit à l’étude de l’association Imagerie Santé Avenir (ISA) publiée lundi qui souligne l’allongement des délais en France pour passer une IRM…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Un appareil à IRM dans un hôpital de Lyon.
Un appareil à IRM dans un hôpital de Lyon. — PHILIPPE MERLE / AFP

Une situation alarmante. Selon une enquête de l’association Imagerie Santé Avenir (ISA) publiée lundi, les délais d’attente pour passer une IRM (imagerie par résonance magnétique) sont plus longs que jamais. Pour obtenir cet examen en urgence, il faut désormais attendre en moyenne 37,7 jours. Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues, passe au scanner les raisons du retard français dans ce domaine.

Le constat de l’étude de l’ISA est-il alarmiste concernant l’allongement des délais d’attente pour passer une IRM?

Le constat de l’ISA est juste et reflète tout à fait la réalité du terrain. La situation est surréaliste.

Cette situation est-elle seulement due au sous-équipement d’appareils IRM en France?

La France est réellement sous-équipée car on compte 10,7 appareils par million d’habitants (soit 684 en tout). Nous sommes le dernier de la classe sur ce point en Europe, où la moyenne s’établit à 20 par million d’habitants. Et chez nos voisins allemands, on en compte une trentaine par million d’habitants. Cette situation s’explique aussi par une plus forte demande d’IRM ces dernières années dans notre pays car cet examen permet d’obtenir un diagnostic précis et rapide. Enfin, l’Autorité de sûreté nucléaire logiquement, a aussi demandé de substituer des examens radiologiques classiques qui utilisent des rayons X, par des IRM, non irradiants pour le patient.

Pourquoi la situation s’est-elle autant dégradée d’année en année?

Si on augmente le nombre de machines, le nombre d’examens va lui aussi progresser. Or, les gouvernements successifs se sont attelés à baisser les dépenses de santé.

Pourquoi certaines régions sont-elles particulièrement sous-équipées?

Ce sont les ARS (agences régionales de santé) qui délivrent les autorisations d’appareils IRM en fonction des besoins locaux et en prenant en compte les économies à faire en matière de dépenses de santé. Par ailleurs, dans certaines régions, la pénurie de radiologues influe sur les délais d’attente pour obtenir une IRM.

Quelles sont les conséquences de ces délais pour les patients?

Elles sont majeures pour certains d’entre eux. Car les résultats de l’IRM contribuent au choix des traitements et des délais d’attente trop longs peuvent retarder des soins. Prenons le cas d’une patiente à qui l’on vient de détecter un cancer du sein: elle aura souvent besoin d’une IRM pour que l’on puisse caractériser sa tumeur. Or, si cet examen n’a pas lieu rapidement, le traitement sera retardé.

Certains autres examens moins performants sont-ils prescrits pour faire patienter les malades?

Oui, très souvent. Quand un patient souffre d’une sciatique par exemple, on a besoin d’une IRM pour savoir s’il s’agit d’une hernie discale. Si les délais pour l’effectuer sont trop longs, on va lui faire passer une radio classique, qui ne sera pas inutile, mais pas l’examen le plus adapté à son cas. En outre, ces examens coûtent cher à la Sécu, sans compter les arrêts maladies qui sont dispensés en raison du retard pris dans le démarrage des soins.

La France peut-elle rattraper son retard concernant l’équipement d’appareils IRM?

Elle le pourrait, en y mettant les moyens financiers. Mais dans le Plan cancer 2014-2019, le gouvernement s’engage à consacrer 15 millions d’euros à l’acquisition d’appareils IRM, ce qui permettrait d’acheter seulement 7 machines. C’est très insuffisant lorsqu’on sait qu’il en manque actuellement près de 300. Et la situation risque encore de s’aggraver si on prend en compte la baisse de la démographie médicale car dans 10 ans, la France comptera 6.000 radiologues contre 8.000 aujourd’hui. Et comme ce sont eux qui font passer les IRM…

La réaction du ministère de la Santé

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Santé reconnaît que la France est sous-équipée par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE: 10,7 appareil IRM par million d’habitants, contre 12. Mais il souligne les gros efforts effectués ces dernières années pour rattraper ce retard: entre 2011 et 2014, le nombre d’appareils serait ainsi passé de 592 à 700. Avec un accent mis sur les régions les plus pénuriques dans le domaine. Le ministère explique aussi que la France pratique plus d’actes d’IRM que ce qui est constaté dans la moyenne des pays de l’OCDE: soit 67,5 actes pour 1.000 habitants contre 54,4 actes. Et le nombre d’actes aurait progressé de 9 % entre 2013 et 2014 dans l’Hexagone. Enfin, le ministère conteste le chiffre de 37,7 jours comme délai moyen d’attente pour passer une IRM et annonce un délai de 27,7 jours avec l’objectif de passer à 20 jours fixé dans le plan cancer 2014-2019. Pour y parvenir, la chasse aux actes injustifiés sera poursuivie.

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