Dermatologie: Huit idées reçues sur l’acné sévère

SANTE Les médecins observent une recrudescence d’acné chez leurs patients depuis quelques années…

Romain Scotto

— 

Capture d'écran du film Les Beaux Gosses.
Capture d'écran du film Les Beaux Gosses. — Capture d'écran/20Minutes

«Mais non, ça ne se voit pas. Et puis ça va passer. Moi aussi j’ai eu des boutons à ton âge.» Pour tout ado acnéique, rien n’est plus insupportable que ce refrain maternel, entendu maintes fois, y compris dans des cabinets de dermatologie. Les professionnels dénoncent une recrudescence de l’acné sévère chez leurs patients qui, selon une étude Pierre Fabre/CSA santé, peut être vécue comme un fardeau physique et psychologique. L’occasion de briser quelques idées reçues sur une pathologie touchant 60 % de la population française.

Seuls les ados sont concernés. FAUX. Evidemment, les collégiens et lycéens sont le premier public visé puisque 80 % des ados sont concernés (dont 15 % avec une acné sévère). Mais de plus en plus d’adultes, notamment des femmes, sont également touchées pour des raisons liées à leur mode de vie. Un quart des acnéiques auraient plus de 25 ans. «Il s’agit d’une acné qui dure ou d’une acné qui apparaît alors qu’ils n’en avaient pas auparavant», observe le professeur Pierre Wolkenstein, dermatologue à Paris. Le stress, l’alimentation ou l’environnement professionnel peuvent en être la cause.

Ça passe tout seul. En partie FAUX. Dans la majorité des cas, l’acné disparaît sans préavis. Mais pour un tiers des personnes touchées, cela perdure sans traitement médical adapté. Une personne sur quatre ne consulterait pas pour une acné sévère. Le frein est parfois personnel, en raison du mal-être psychologique du patient. Mais c’est bien souvent l’entourage qui déconseille de consulter, en minimisant les conséquences physiques (cicatrices) et morales (dépression) de cette pathologie.

Le soleil fait sortir l’acné. FAUX. Ce n’est pas le soleil en tant que tel mais la chaleur – y compris artificielle – qui entraîne des poussées acnéiques. Le soleil, lui, aurait tendance à soulager l’acné, indique le professeur Laurent Misery. «Mais cela ne dure qu’un temps et ce n’est pas un traitement en tant que tel.» Toute personne concernée peut donc s’exposer comme n’importe qui «sauf quand on prend des tétracyclines, des antibiotiques par voie orale. Là, il faut être très prudent», précise le spécialiste. Bien souvent le bronzage masque les lésions d’acné. Après une longue période d’exposition, il faut donc intensifier le traitement. Manque de chance, cela intervient souvent lors des rentrées scolaires.

Gratter les boutons entraîne des cicatrices. VRAI. Qu’il soit purulent ou juste en phase de maturation, un bouton ne se gratte pas. Un mauvais «charcutage» peut entraîner des lésions profondes et volumineuses, sachant que l’acné sévère peut naturellement occasionner des cicatrices. Surtout lorsqu’elle n’est pas traitée en amont.

C’est génétique. VRAI. Même si cette maladie (c’en est une) touche 60 % de la population, un sujet dont les deux parents sont atteints d’acné à l’adolescence a 2.500 plus de chance d’en développer à son tour. La littérature médicale montre aussi qu’il y a des déficits génétiques de certaines voies de défenses immunitaires dans ce domaine.

La contraception joue sur l’acné. FAUX. Dans les années 70, les pilules étaient fortement dosées et pouvaient se révéler pro acnéiques. Aujourd’hui, «ce n’est plus le cas et ce n’est pas la cause de la recrudescence d’acné. D’ailleurs, les hommes en ont aussi», glisse le professeur Wolkenstein. Il existe même un traitement hormonal de l’acné avec prescription de pilules pour traiter cette pathologie.

Le maquillage est un facteur aggravant. FAUX. «Oui mais docteur, depuis qu’elle se maquille, c’est encore pire!» Inutile d’accuser la poudre à pomponner, elle n’y est pour rien. A l’origine, les professionnels pensaient que le maquillage était comédogène. Ils pointaient des maquillages huileux et plâtreux. Aujourd’hui, la cosmétique est beaucoup plus adaptée à la peau des ados et des femmes et donc sans conséquences sur le développement des boutons.

Il faut arrêter le chocolat pour être épargné. En partie VRAI. La question a longtemps divisé les spécialistes. Mais selon la dernière enquête épidémiologique, «un excès de sucres a été noté dans l’alimentation des patients touchés par l’acné», révèle le professeur Wolkenstein. Des observations sur des populations ciblées, comme les Esquimaux chez qui l’acné est apparue subitement, prouvent que l’introduction de sucres est un facteur déclencheur. Par ailleurs, la courbe de l’acné est aussi liée à celle de l’obésité.