Cancer du col de l’utérus: Des frottis à domicile pour améliorer le dépistage ?

GYNECOLOGIE Les professionnels précisent que cela ne remplace pas une consultation en cabinet…

Romain Scotto
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Un écouvillon permettant de réaliser des prélèvements de dépistage du HPV à domicile.
Un écouvillon permettant de réaliser des prélèvements de dépistage du HPV à domicile. — delphie screener

Le geste peut paraître banal pour toute femme consultant chaque année son gynécologue. Pourtant en France, près d’une femme sur deux (40 %) ne réalise pas de frottis régulièrement selon l’Inca, l’institut national du cancer. Le coût d’un examen, le manque de temps, la proximité relative de l’accès aux soins en zone rurale ou l’angoisse de se mettre à nu devant un médecin expliquent en partie l’attitude de ces femmes ciblées par les autorités médicales à travers l’initiative de l’auto-dépistage à domicile.

Une récente étude menée en Indre-et-Loire a prouvé qu’un prélèvement vaginal réalisé par les femmes elles-mêmes pouvait être aussi efficace qu’un examen professionnel en matière de dépistage du HPV, le papillomavirus humain, qui est l’un des responsables du cancer du col de l’utérus. La technique est toute simple: «C’est la même démarche qu’avec un tampon. On écarte sa vulve et on glisse un écouvillon au fond de son vagin», indique Michèle Scheffler, présidente de la fédération nationale des collèges de gynécologie médicale. En laboratoire, il est ensuite possible de détecter la présence ou non du virus dans la sphère vaginale. En cas de résultat positif, la patiente bénéficiera dans un second temps d’un frottis pour déterminer s’il y a ou non des lésions cancéreuses.

Pas une mesure d’économie

Pour Elizabeth Paganelli, gynécologue à Tours et secrétaire générale du CNgof, il est donc capital de ne pas induire les patientes en erreur. «Ce n’est pas un frottis mais un auto prélèvement à domicile. Cela ne se fait pas à la place d’une consultation qui est beaucoup plus large que ça.» Le but de cette initiative est avant tout de détecter le virus chez des femmes qui ne consultent pas de gynécologue, afin d’effectuer un premier tri. Pas de les pousser à une automédication non maîtrisée.

Concernant le HPV, seul le frottis réalisé par un professionnel (gynéco, médecin généraliste ou sage-femme) permet de grader la lésion, sachant que l’attitude de prise en charge dépend de la gravité de la situation. «On ne sait pas encore si cela va aider. En revanche, on sait que chez les femmes souffrant de cancers graves, invasifs, beaucoup n’ont pas eu recours à un frottis», poursuit le docteur Paganelli qui y voit une mesure de santé publique plus que d’économie. Il n’est pas question de désengorger les cabinets puisque ce dépistage doit conduire des patientes rétives vers les gynécos. Et ce prélèvement vaginal de typage viral risque aussi d’être coûteux.

Les professionnels redoutent enfin certaines conséquences néfastes de l’initiative. En cas de prélèvement négatif, les femmes pourraient se sentir en confiance et ne pas être incitées à consulter pour d’autres contrôles de routine. Sans parler de celles qui ne pratiqueraient pas correctement le prélèvement en évaluant mal la profondeur de leur vagin, s’exposant à des cas de «fausse négativité».