Loi Santé: La généralisation du tiers payant inquiète les médecins

SANTE Touraine a officialisé jeudi cette mesure lors de la présentation de la prochaine loi de Santé…

Romain Scotto
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Illustration d'une consultation médicale entre un médecin et une patiente.
Illustration d'une consultation médicale entre un médecin et une patiente. — DURAND FLORENCE/SIPA

Aussi verte soit-elle, la carte vitale n’a jamais autant ressemblé à une carte bleue. En 2017, la généralisation du tiers payant à l’ensemble des patients les exonérera de toute avance de frais lors des consultations. Marisol Touraine a officialisé jeudi cette mesure lors de la présentation de la prochaine loi de Santé dans un souci d’égalité dans l’accès aux soins. La ministre des Affaires sociales a bien précisé qu’elle ne changerait «en rien la liberté du mode d’exercice des médecins». Pourtant plusieurs syndicats de praticiens s’inquiètent déjà des conséquences de cette généralisation.

«C’est un effet d’annonce. Un truc démagogique», tonne le docteur Françoise Coux, membre du bureau du FMF (Fédération des médecins de France), syndicat aux prises de parti tranchées. «Le tiers payant existe déjà pour les gens qui en ont besoin. Là, rien n’est planifié derrière. On ne peut pas passer un tiers de notre temps à faire de la paperasse!» En l’absence de paiement en cabinet, il appartiendra désormais au médecin d’envoyer à la Sécu et à la mutuelle du patient les documents nécessaires pour le versement des 23 euros d’une consultation classique (15,10 euros remboursés par l’assurance maladie et 6,90 par la complémentaire. Un euro reste à la charge du patient).

«On nous voit comme des nantis qui roulent en Porsche»

Cette charge de travail supplémentaire inquiète aussi le syndicat modéré MG France qui réclame avant tout la création d’un guichet unique pour les frais de gestion. «Les mutuelles et le régime obligatoire doivent s’entendre pour permettre facturation et règlement en un seul flux. On ne veut pas courir derrière le ticket modérateur qui manque. Ce n’est pas de la médecine, ça ne nous intéresse absolument pas», poursuit François Wilthien, vice-président de MG France. En clair, le temps administratif, ne doit pas pénaliser le temps médical d’autant que les médecins ont parfois du mal à obtenir le paiement des mutuelles.

Les médecins parlent aussi d’un manque à gagner en cas de mise en place d’un payeur général. «Et on ne peut pas se le permettre! On nous voit tous comme des nantis qui roulent en Porsche. Mais ce n’est pas le cas», embraye le docteur Coux tout en dénonçant une modification du rapport entre médecin et patients. Pour la ministre, l’exemple de la CMU montre qu’il n’y a pas eu d’explosion du recours aux soins après son instauration. Pourtant, dans les faits, les abus seraient fréquents: «La gratuité déresponsabilise en partie le patient. Malheureusement, c’est ce qu’on constate avec la CMU. Les personnes bénéficiaires se permettent plus de louper les rendez-vous», poursuit le docteur Coux. D’autres médecins parlent clairement d’une banalisation de l’acte, d’un manque de respect de la part de patients exigeant parfois la prescription de médicaments coûteux qu’ils récupéreront en pharmacie… où le tiers payant est déjà généralisé depuis quinze ans.