Épilation définitive: Les esthéticiennes relancent la guerre du poil contre les médecins

ESTHETIQUE La technique de la lumière pulsée n’est pas autorisée aux esthéticiennes qui, dans les faits, la pratiquent régulièrement…

Romain Scotto

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Photo d'illustration d'une épilation en institut de beauté.
Photo d'illustration d'une épilation en institut de beauté. — DURAND FLORENCE/SIPA

Plus efficace que la cire, moins contraignante que la pince et moins coûteuse que le laser, la lumière pulsée possède ses aficionados à l’heure où les jupes se raccourcissent. Cette technique d’épilation quasi définitive, également appelée «lampe flash», vise à brûler le pigment du poil. Dans les instituts de beauté, les esthéticiennes la proposent régulièrement aux client(e)s. Problème: la loi ne les y autorise pas puisque, comme le laser, cette technique dépilatoire est assimilée à un acte médical, réservé aux médecins esthétiques ou aux dermatos.

Pour la Cnep, le syndicat des professions de beauté, une telle législation est à la foi obsolète et injuste. Régine Ferrère, sa directrice, a récemment déposé un recours devant la Commission européenne pour dénoncer un arrêté de 1962, cantonnant les esthéticiennes françaises à l’usage de la cire ou de la pince à épiler. «C’est une concurrence déloyale face à nos voisines européennes. Nous ne pouvons pas développer notre profession, tonne la syndicaliste. Cet arrêté est mal écrit. A l’époque, les médecins s’étaient émus qu’on puisse percer la peau, ce qui est interdit puisque nous ne pouvons pas effectuer d’actes effractifs.»

Aussi dangereux qu’un laser. Vraiment?

Or depuis, les techniques ont évolué. Avec la lumière pulsée, la peau n’est pas «percée» mais les avis divergent sur les compétences nécessaires pour l’appliquer. Les esthéticiennes affirment être au point puisque leur formation inclut des cours de physique et de technologie. «Nous savons ce qu’est l’électricité, nous apprenons à nous servir de l’appareil. Nous apprenons aussi le code de la santé publique qui délimite notre champ de compétence. 563 heures de cours en CAP sur la théorie de la peau, ça va non?» Pas pour tout le monde, visiblement. Catherine Oliveres, membre du conseil de l’ordre des dermatos, réclame une formation plus poussée. «La lumière pulsée, c’est comme un laser! C’est aussi dangereux. Ça chauffe extrêmement fort, on peut avoir des brûlures.»

Seul un médecin serait apte à «juger les peaux, les grains de beauté. Ce n’est pas parce que vous avez une blouse banche que vous êtes médecin.» Au final, ce sont donc les professionnels de santé qui ont la main sur ce marché. Dans le camp d’en face, on dénonce un lobby puissant qui a compris l’intérêt de traiter le poil plutôt que les angines de saison. «C’est exclusivement une question d’argent, enchaîne Régine Ferrère. Si vous avez des gens traumatisés à vie avec des séquelles, je veux bien qu’on nous pose des questions. On n’est pas une profession dangereuse.»

Hors micro, certains dermatologues n’osent pas la contredire. «Faire de l’épilation, c’est bête comme chou», avoue un professionnel parisien, lui-même adepte de la lumière pulsée. Mais seulement pour «répondre à une demande de ses patients. Je suis content d’en faire, mais si j’y passais mes journées comme certains confrères, je me tirerais une balle dans la tête.» Un début de mutinerie dans cette guerre du poil?