Les urgences privées, la solution pour désengorger l’hôpital?

MEDECINE

Romain Scotto

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Centre médical d'urgence d'Auber à Paris, le 4 juin 2014.
Centre médical d'urgence d'Auber à Paris, le 4 juin 2014. — Romain Scotto/20 Minutes

Le dos bloqué, Baudouin a réussi tant bien que mal à se traîner jusqu’au «centre de soins immédiats» d’Auber, à deux pas des grands magasins et de l’Opéra Garnier à Paris. Ce laveur de vitre au repos forcé n’a pas hésité longtemps entre les urgences classiques et ce centre parallèle ouvert depuis janvier. «Je sais que je vais être soigné plus vite qu’ailleurs. Là, je souffre. Je ne peux pas attendre deux jours pour qu’on me prescrive un traitement.»

Comme les patients qu’il côtoie en salle d’attente, son cas sera traité en moins d’une heure par l’un des 7 médecins urgentistes et 4 infirmières employés de cette structure dépendante du Cosem (Coordination des œuvres sociales et médicales). L’unité de soins accueille toute la journée (pas la nuit) les victimes de la «petite urgence, du tout-venant», indique le docteur Patrick Vidal, responsable du service. Sans la crainte d’attendre six heures pour la pose de quelques points de suture, en voyant les brancards défiler.

Pas de concurrence avec l’hôpital

Le docteur assure pourtant que l’établissement n’est pas là pour concurrencer les urgences classiques. «C’est une offre de soins complémentaire», même si dans les faits, elle pourrait désengorger les CHU surchargés. Pour mieux gérer les flux, l’établissement procède à une légère sélection: «On ne traite pas les gens âgés, les indices de gravité élevés, la psychiatrie et les problèmes sociaux, des urgences extrêmement chronophages. Il n’y a pas de perte de temps parce que c’est une structure légère», poursuit Patrick Vidal. En cas de problème grave, les patients sont redirigés vers les hôpitaux mieux équipés pour le traitement des urgences vitales.

Avec une vingtaine de cas quotidiens, ce centre d’urgences privé a déjà trouvé son public. Ce modèle parallèle est déjà bien connu aux Etats-Unis, mais ici les soins sont remboursés puisque l’établissement est rattaché à un centre de santé. Pour le docteur Dimermanas, directeur général du Cosem (une association loi 1901 fondée après la deuxième Guerre mondiale), l'objectif premier n'est pas la rentabilité, même si la structure doit nécessairement dégager de l'argent pour être pérenne. Avec un chiffre d'affaire annuel de 12 millions d'euros, ce projet monté en auto-financement, sans prêt, commencerait tout juste à être rentable.