Journée de l’infertilité: La congélation d'ovocytes, la panacée pour les futures mamans?

MATERNITE Dans l’optique d’une grossesse future, certaines jeunes femmes voudraient conserver leurs ovocytes…

Romain Scotto

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Illustration d'une micro-injection par pipette d'un spermatozoide dans un ovocyte
Illustration d'une micro-injection par pipette d'un spermatozoide dans un ovocyte — Marcel Mochet afp.com

Elles ont pour la plupart largement dépassé la trentaine et poussent chaque jour les portes du cabinet du docteur Chadi Yazbeck avec espoir. Pour elles, l’heure d’avoir un enfant a sonné même si à cet âge, les chances de grossesse sont réduites. Dans la conversation, le docteur et la patiente jonglent alors avec des termes évocateurs: PMA, Fiv, insémination et de plus en plus souvent «congélation d’ovocytes». Si elle était autorisée, la pratique aurait pu leur éviter quelques soucis à l’heure de répondre à un désir de maternité tardive.

Aux Etats-Unis, 5.000 femmes y auraient déjà eu recours. Elles ont donc prélevé et congelé leurs ovocytes lorsqu’elles étaient en âge de procréer, pour les réutiliser plusieurs années après en vue d’une fécondation. L’idée est de contrer les effets du temps sur la fertilité puisque les chances de grossesse par cycle sont estimées à 25% à 25 ans, 12% à 35 ans et 6% à 40 ans. Actuellement en France, la pratique n’est autorisée qu’en cas de traitement médical lourd pour préserver les chances de maternité des jeunes femmes.

Les hommes autorisés à conserver leur sperme

Dans les faits, d’autres devraient y avoir droit lorsqu’elles se soumettent à un don d’ovocytes. Pour encourager ceux-ci, trop rares en France, les donneuses devraient donc avoir le droit de conserver certains ovocytes pour elles-mêmes. Mais un décret d’application à la loi bioéthique de 2011 manque encore pour valider la mesure.

Parrallèlement, le collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) s’était prononcé il y a un an en faveur d’une généralisation de l’autoconservation de convenance, plébiscitée par près d'une Française (46,3%) sur deux, selon un sondage réalisé par YouGov pour 20 Minutes. Il évoquait «un progrès médical, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus». Il relevait aussi que de nombreux pays (Italie, Belgique, Espagne, Grande-Bretagne) l’autorisent et qu’elle est déjà possible en France pour le sperme. «Il n’y a pas de raison particulière pour que cela ne soit pas autorisé aux femmes.»

Pour Deborah Schouhmann-Antonio, à l’initiative de la journée de l’infertilité vendredi, la congélation généralisée peut être une option mais elle présente tout de même certaines limites. Cette thérapeute en périnatalité redoute les effets collatéraux d’une procréation totalement maîtrisée: «C’est bien qu’il y ait des paramètres sur lesquels on ne peut pas agir. Il ne faudrait pas banaliser l’idée qu’on est un peu on/off. On oublie aussi que la nature a ses droits. La PMA, c’est du bonus, mais il faut bien réaliser qu’elle passe par des traitements extrêmement lourds.»

Problème de financement

Le CNGOF craint également que la congélation ovocytaire banalise les grossesses tardives et «donne de faux espoirs aux femmes» puisque dans le meilleur des cas, «le taux de naissance est de 62%». Enfin se pose la question de l’accès aux soins et de son coût. Si l’option payante est privilégiée, la mesure ne sera pas égalitaire. Et si tout le monde y a accès, les coûts ne seront pas négligeables. Voilà peut-être pourquoi le projet ne dépassera pas le stade de la gestation.