Don d’ovocytes: Le parcours du combattant des receveuses en attente

MATERNITE Les délais d’attente sont toujours aussi longs pour obtenir un don d’ovocyte en France, à la veille de la journée de l'infertilité organisée vendredi par le magazine Famili…

Romain Scotto

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Illustration d'une femme enceinte.
Illustration d'une femme enceinte. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Il y a moins d’une semaine, Laurine et son mari se sont offert une escapade en Espagne. Au mois de mai, cela ne fait jamais de mal mais ce couple de Nantais s’en serait bien passé. Comme de nombreux Français désabusés, ils se sont tournés vers un centre étranger pour entamer les premières démarches en vue d’un don d’ovocytes. Ils auraient aussi pu se rendre en République tchèque, en Belgique ou en Grèce, trois autres pays prisés par les couples lassés d’attendre le coup de fil d’un Cecos (Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains), où les donneuses ne se bousculent pas.

Désormais plus rien ne les retient. «Après ce premier rendez-vous, je n’ai plus qu’à les appeler pour commencer le traitement en Espagne», indique Laurine qui a pourtant fait preuve de patience après deux ans de «galères». La jeune femme qui a eu son premier enfant via un premier don il y a trois ans, ne croit plus aux promesses de rendez-vous pour son deuxième enfant: «On nous dit c’est bon pour ce mois-ci, et puis en fait non. Le mois d’après, pareil. C’est dur de toujours repousser.» Là-bas, les donneuses sont plus nombreuses car rémunérées à hauteur de 1.000 euros par don. Une pratique inconcevable en France où gratuité, anonymat et consentement sont à la base de la loi.

«L’attente génère chez elles beaucoup d’angoisses»

En Espagne, les femmes n’ont pas non plus l’obligation d’avoir déjà eu un enfant pour donner. Elles sont donc généralement plus jeunes, ce qui augmente les chances de réussites de l’opération facturée 5.600 euros (dont les 1.000 euros de la donneuse), sans compter le prix des médicaments à fournir à la donneuse et le voyage. «On préférerait le faire chez nous où c’est gratuit, mais ça ne fonctionne pas.» Actuellement plus de 2.000 femmes seraient dans l’attente d’un don en France, parfois dans un profond désarroi. «L’attente génère chez elles beaucoup d’angoisses, poursuit Déborah Schouhmann-Antonio, thérapeute en périnatalité. Elles manquent de confiance en elles. La phrase qui revient est: "Suis-je à la hauteur?" Alors qu’en théorie, faire un enfant est la chose la plus simple et agréable au monde.»

Pour aider ces femmes au désir de maternité contrarié, Solveig s’est soumise à un don, il y a quelques années. «Je sais ce que c’est que d’être en mal d’enfant puisque j’ai moi-même effectué une Fécondation in vitro (Fiv). J’avais beaucoup d’ovocytes. C’était une manière d’aider. Je voulais transformer les blessures de mon parcours en quelque chose de positif.» Pour elle, c’est le manque d’information qui est à la base de la pénurie. Le don d’ovocytes n’est pas assez connu. Pas plus que le cheminement médical à suivre pour procéder au don. La jeune femme s’est soumise à un caryotype, quelques rendez-vous avec un biologiste et un psychologue. Puis elle a suivi un protocole de stimulation ovarienne avec des piqûres pendant dix jours et des échographies.

Elle regrette également qu’aucun dédommagement (différent de la rémunération) ne soit prévu pour motiver des femmes hésitantes. Même si tous les soins sont remboursés, certaines mamans ont parfois des enfants à faire garder, des jours à poser, pour se rendre aux rendez-vous. Laurine en est bien consciente: «Quand on en parle, c’est aussi culpabilisant parce qu’on demande à quelqu’un de nous rendre un service immense, mais on n’a rien à lui donner en retour.» Si ce n’est la reconnaissance d’avoir été maman grâce à une autre.