Fraude chez les opticiens: «C'est un problème moral et une distorsion de la concurrence»

SANTE Le directeur général de Krys Jean-Pierre Champion réagit à l'étude de l'UFC Que Choisir, évoquant les pratiques frauduleuses des opticiens et des mutuelles...  

Propos recueillis par Romain Scotto

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Illustration d'un magasin d'optique
Illustration d'un magasin d'optique — SERGE POUZET/SIPA

Alors que le gouvernement souhaite assainir le marché de l’optique par décret, l’UFC Que Choisir publie une enquête choc sur la fraude pratiquée par les opticiens et les mutuelles. Jean-Pierre Champion, directeur général de Krys Group (Krys, Vision Plus, Lynx Optique) réagit aux accusations.

Selon l’UFC, un opticien sur 5 propose une fraude. Ce chiffre vous choque-t-il?

Le problème existe. Pour moi il est marginal mais de toute manière, il est inacceptable. C’est préjudiciable à l’ensemble de la profession. Si des opticiens ont triché, il faut qu’ils soient sanctionnés. Nous sommes très clairs sur ce sujet-là.

Toujours selon l’étude, 12,6 % des opticiens Krys proposent des fraudes à la mutuelle. Allez-vous les sanctionner?

On a demandé à l’UFC Que Choisir de nous envoyer la liste des opticiens concernés de manière à pouvoir étudier tous ces dossiers scrupuleusement en comité déontologique. Ils risquent des sanctions allant de l’avertissement à l’exclusion. Tout dépend de la gravité des faits.

Comment fonctionne votre comité déontologique?

Nous l’avons créé en 2007. On a sanctionné un certain nombre d’opticiens depuis. Chez nous, les mutuelles nous envoient des dossiers sur lesquels il y a une présomption de problème. On instruit le dossier avec la mutuelle. Si on constate un écart, une pratique illégale, on sanctionne.

En quoi ces pratiques sont-elles préjudiciables à la profession?

C’est un problème moral et c’est une distorsion de concurrence. Quand vous avez un opticien honnête qui travaille à côté d’un opticien qui utilise ces pratiques, le client entre dans le magasin de l’opticien honnête et va dire: «Ecoutez, moi je vais ailleurs». On est en distorsion de concurrence. C’est un problème grave puisqu’on perd du chiffre d’affaires.

Les opticiens réaliseraient aussi des marges excessives. Est-ce une idée reçue?

C’est une erreur que de ne voir que la marge brute. Mais la marge nette n’est pas élevée. Sur une vente à 100 euros un opticien gagne 3 à 5 euros. Et il faut compter entre 400.000 et 500.000 euros d’investissement.

Que pensez-vous du plafonnement proposé par le gouvernement pour endiguer la hausse des prix?

Nous avons posé la question aux consommateurs. Pour eux, c’est inefficace, cela ne va faire qu’augmenter le reste à charge et profiter aux usines asiatiques. Dans la mesure où pour garder le même reste à charge, le consommateur prendra un équipement de moindre qualité ou fabriqué en Asie. Là-bas, le coût de production d’un verre est divisé par cinq. Nous sommes le seul pays où la moitié des verres est fabriquée sur le territoire. On risque de délocaliser.

L’emploi est-il menacé dans votre secteur?

Fatalement, s’il y avait une perte d’un milliard d’euros, elle aurait de l’influence sur l’emploi. A la fois sur les fermetures de magasins et les fermetures d’usines. Certaines usines et fabricants pourraient être tentés de délocaliser et supprimer des emplois en France, bien sûr. Nous, nous n’avons pas la taille d’un acteur mondial. Nos usines ne sont pas aux quatre coins du monde.

L’UFC évoque les réseaux de soins comme la meilleure arme pour assainir le marché. Partagez-vous cette idée?

On y est favorables. Le réseau de soins a un rôle dans l’intensification des contrôles. Nous sommes demandeurs pour qu’on nous apporte des dossiers qui paraissent suspects. C’est un axe qui peut contribuer à la disparition d’une pratique marginale mais préjudiciable à notre image. Mais il y a une autre décision essentielle à prendre. Il faut faire passer la formation des opticiens de deux à trois ans. Ça va les rendre plus compétents et ça aura un effet immédiat sur le nombre de diplômés qui entrent sur le marché chaque année. Il y en a 2.000 aujourd’hui, il en faudrait 1.000. C’est ce qui va faire stagner le nombre de magasins.