Lunettes: Le gouvernement n'a-t-il pas les yeux en face des trous pour lutter contre les magouilles?

SANTE Selon l’UFC Que Choisir, le plafonnement des remboursements n’est pas la solution la plus adaptée…

Romain Scotto

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Photo d'illustration d'un opticien tenant des paires de lunettes dans sa main.
Photo d'illustration d'un opticien tenant des paires de lunettes dans sa main. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Des lunettes de soleil incluses dans un dossier optique, le prix des montures gonflé pour diminuer celui des verres ou l’ordonnance de complaisance délivrée par un ophtalmo peu scrupuleux. Voilà le genre de pratiques, déjà bien connues, dénoncées par l’association UFC Que Choisir dans sa dernière enquête sur le milieu de l’optique et ses relations frauduleuses avec les mutuelles.

Mais cette fois, l’étude «clients mystères» a pour but d’inviter le gouvernement à revoir sa copie, alors qu’il compte s’attaquer par décret aux remboursements excessifs des complémentaires de santé, sur un marché «vicié, dans lequel on peut faire tout et n’importe quoi», indique Daniel Bideau, administrateur de national de l’association.

Selon lui, le gouvernement fait clairement «fausse route» en proposant un plafonnement des remboursements (100 euros pour la monture, de 350 à 600 euros pour les verres, une fois tous les deux ans). «C’est un plafonnement des prix à un niveau très élevé. Or, s’il doit être envisagé, il doit être dégressif pour ajuster les prix du marché à un niveau raisonnable», préconise Alain Bazot, président de l’UFC. Tout en limitant les magouilles, il ne pénalisera pas en priorité les clients les plus dépensiers qui ont généralement la correction la plus importante.

La solution des réseaux de soins

Pour obtenir des effets rapides sur les prix, l’association propose une autre option, déjà appliquée sur ce marché par certaines mutuelles: le réseau de soins. «Il s’agit de négocier des tarifs des verres et montures en amont entre mutuelles et opticiens et d’emmener le consommateur vers ceux qui ont des prix assagis», poursuit Daniel Bideau. Au final, même s’il a l’impression de bénéficier d’une importante ristourne, c’est bien le consommateur qui serait le principal perdant de l’inflation constante du marché puisqu’elle se traduit aussi par la hausse des cotisations des mutuelles (+38 % en 7 ans).

Avec un réseau de soins généralisé, où mutuelles et opticiens seraient systématiquement associés, l’association assure que toute falsification ou montage deviendra impossible. Actuellement, la majorité des opticiens proposent d’abord au client de s’orienter vers des montures moins chères en cas de «reste à charge trop important». Mais selon l’étude, un sur cinq évoquerait naturellement une fraude à la complémentaire santé, sans même que le client ne demande le moindre petit geste.