Contraception: «Le débat sur la pilule a renforcé les inégalités sociales en matière de contraception»

INTERVIEW Nathalie Bajos, directrice de recherche à l'Inserm, explique les changements opérés ces dernières années par les femmes les plus précaires concernant leur mode de contraception...

Delphine Bancaud

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Pilule (illustration)
Pilule (illustration) — PHILIPPE HUGUEN / AFP

La controverse en 2012-2013 sur les pilules de 3e et 4e génération a généré une diversification des pratiques contraceptives chez les Françaises, révèle l’enquête Fécond rendue publique ce mardi. Nathalie Bajos, directrice de recherche à l'Inserm, explique pourquoi cette nouvelle donne a fait resurgir les inégalités sociales face à la contraception.

La polémique sur la pilule de 2012 a-t-elle eu plus d’impact sur les femmes les plus précaires que sur les autres?

Oui, car l’étude montre que les femmes les plus défavorisées se sont davantage détournées de la pilule au profit des méthodes dites «naturelles» comme le ciblage des rapports en dehors des dates de fécondabilité ou le retrait, qui sont moins efficaces. A contrario, la modification des moyens de contraception chez les Françaises les plus favorisées correspond à des choix plus éclairés, car elles se sont reportées vers les pilules de 2e génération ou vers le stérilet. Le débat sur la pilule a donc renforcé les inégalités sociales en matière de contraception.

Comment expliquer que les femmes les plus défavorisées n’aient pas opéré un transfert vers les contraceptifs oraux de 2e génération?

Cela peut paraître surprenant, d’autant qu’ils sont tous remboursés par la Sécurité sociale. Mais il s’agit plus une question de prise en charge du tiers payant, que de prix du contraceptif. Le simple fait d’avoir à avancer le prix d’une consultation médicale peut représenter un frein d’accès à la pilule pour les femmes les plus précaires, car elles n’ont pas forcément les fonds pour avancer cette somme. Par ailleurs, les femmes les plus précaires ont souvent des difficultés à accéder au système de soins car elles conservent une certaine distance vis-à-vis des milieux médicaux.

Pourquoi ne se tournent-elles pas plus massivement vers le préservatif?

Selon son lieu d'habitation,  il est parfois impossible d’avoir accès aux préservatifs gratuits distribués dans certains centres de santé ou par des associations. Le coût du préservatif peut donc être un obstacle pour les plus précaires.

A-t-on constaté du coup une hausse des avortements ou des grossesses non désirées chez les femmes les plus précaires?

Le nombre d’IVG est resté stable depuis 2012 et on n’a pas constaté de hausse globale des grossesses non désirées en France depuis cette date. Cela ne signifie pas qu'il n'y aura pas une augmentation des grossesses non prévues spécifiquement chez les femmes les plus précaires dans les prochaines années. Il faut attendre une prochaine étude sur le sujet pour pouvoir la mesurer.

Que préconisez-vous pour réduire ses inégalités d’accès aux moyens de contraception?

Il faut élargir le tiers payant pour les consulations liées à la contraception, afin qu’il n’y ait plus d’avances de frais, comme c’est déjà le cas pour les mineures. Il faut mettre en place la gratuité du préservatif. Il faut aussi commencer à réfléchir à un accès démédicalisé à la contraception dans les années à venir. Enfin, il faut améliorer l’information sur le sujet auprès des femmes les plus précaires.

>> TÉMOIGNAGES - Depuis la polémique liée aux pilules de dernière génératiion, vous expérimentez une méthode «naturelle» de contraception? Retrait, technique Ogino, calcul des températures, racontez-nous pourquoi vous avez fait ce choix et comment ça marche. Témoignez dans les commentaires ou écrivez-nous à contribution@20minutes.fr