Prothèses mammaires: Les implants sont-ils dangereux?

SANTE Un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament fait un état des lieux des risques encourus par les femmes opérées…

Nicolas Beunaiche

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Une intervention durant laquelle une femme va se faire poser des emplants mammaires, le 5 janvier 2012.
Une intervention durant laquelle une femme va se faire poser des emplants mammaires, le 5 janvier 2012. — DURAND FLORENCE/SIPA

Le scandale PIP n’a pas fait de petits. Le rapport de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), publié ce mardi, se montre rassurant sur la fraude au sein des fabricants de prothèses mammaires. Mais les implants sont-ils pour autant sans risques? La réponse de l’ANSM est plus mitigée.

Des interventions pas anodines. «Comme toute intervention chirurgicale, la pose et le retrait d’implants mammaires ne sont pas des actes anodins», indique l’ANSM. Sous anesthésie générale, ils comportent logiquement des risques post-opératoires: les hématomes, les inflammations, les infections, les épanchements séreux, ainsi que les difficultés de cicatrisation. L’agence insiste donc sur l’information pré-opératoire des patientes. D’autant qu’une prothèse mammaire nécessite plus d’une intervention. «La durée de vie des implants est en moyenne de sept à dix ans […] Ils ne sont pas éternels», explique ainsi à l’AFP Brigitte Heuls, directrice des dispositifs médicaux thérapeutiques à l’ANSM. En clair, une patiente qui se fait poser des implants doit savoir qu’elle devra repasser sur la table d’opération quelques années plus tard, même si elle n’a connu aucun souci.

Gare aux complications. Plusieurs complications peuvent être observées à la suite de la pose d’implants mammaires. En premier lieu, les ruptures d’implants, qui peuvent être détectées par un examen clinique complété, si nécessaire, par une échographie. Pas de quoi paniquer pour autant: si elles représentent la majorité des signalements par des patientes (1.148 cas, soit 65 % entre 2010 et 2012), elles sont aussi très rares (le taux de rupture est de 0,01 à 0,3 %, en fonction de la durée d’implantation). Plus rares encore, la formation de plis ou de coque (aussi appelée contracture capsulaire), la rotation de la prothèse ou encore le suintement de gel de silicone. Dans ce dernier cas, l’ANSM précise toutefois que la détection est difficile. En cas de doute, elle conseille, quoi qu’il arrive, de consulter un médecin.

Quid du risque de cancer? Les signalements ont seulement remonté 22 cas de cancer du sein (adénocarcinomes), selon l’ANSM. Un chiffre qui «ne correspond à aucun surrisque par rapport à la population générale de femmes», conclut-elle. L’agence rejoint sur ce point les dernières études sur le sujet, notamment celle de chercheurs danois qui ont observé pendant près de trente ans environ 3.000 femmes dotées d’implants. Publiée en 2006, elle relevait même une légère baisse des cas de cancer chez les porteuses d’implants. Sur les perturbations éventuelles du dépistage par mammographie, l’ANSM se veut également rassurante: pour elle, le diagnostic n’est pas plus tardif dans le cas de femmes avec implants. Une conclusion en contradiction, cette fois, avec l’étude parue en 2013 dans le British Medical Journal: au terme de leurs recherches, ses auteurs estimaient en effet que les femmes porteuses d’implants mammaires avaient 38 % de chances en moins de survivre à un cancer du sein, faute d’avoir été dépistées à temps… Les lymphomes anaplasiques à grandes cellules (LAGC) de localisation mammaire, en revanche, constituent un motif d’inquiétude pour l’ANSM. Depuis 2010, neuf cas ont été enregistrés, dont six femmes porteuses d’implants mammaires en gel de silicone hors PIP. Or, explique Le Parisien, «ce chiffre est plus important que celui qui aurait dû être retrouvé, car cette pathologie est extrêmement rare au niveau mondial, et concerne seulement une femme sur 500.000». L’ANSM promet donc «d’autres investigations».