Allergies, vaccin... Ces préjugés des parents nocifs pour leurs enfants

SANTE Trois représentants de la Société française de pédiatrie ont souligné ce mardi l’impact des préjugés des parents sur la santé de leurs enfants…

Delphine Bancaud
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Les parents arrivent souvent chez le pédiatre avec des idées fixes.
Les parents arrivent souvent chez le pédiatre avec des idées fixes. — DURAND FLORENCE/SIPA

Ils ont tout lu, tout entendu et croient tout savoir… De nombreux parents qui accompagnent leurs enfants chez le pédiatre arrivent avec un tas d’idées préconçues sur ce qui est nocif ou pas pour leurs bambins. Ce mardi, trois représentants de la Société française de pédiatrie ont décidé de battre en brèche les idées les plus à la mode dans ce domaine…

«Les laits de croissance ne servent à rien»

Chers, inutiles, trop sucrés… Ce sont les reproches les plus fréquents des parents contre les laits de croissance. Du coup, seulement 50% des bébés de plus d’un an en boivent et 10 à 20% des jeunes enfants sont carencés en fer. Or, selon Patrick Tournian, chef de service nutrition et gastroentéorologie pédiatrique à l’hôpital Trousseau, «les laits de croissance sont le moyen le plus simple et le moins onéreux pour assurer à un enfant âgé d’un à trois ans la couverture de ses besoins en fer». Un sujet d’importance car «le manque de fer peut entraîner de la fatigue chez les bébés, de l’irritabilité, une susceptibilité accrue aux infections, voire un retard dans le développement du cerveau» explique-t-il.

«Il faut fuir la capitale pour protéger les enfants de la pollution»

Avec les pics de pollutions aux particules fines ces derniers mois, de plus en plus de parents parisiens sont persuadés que l’herbe est plus verte ailleurs. «Mais quitter Paris n’est pas une solution, explique Bertrand Delaisi, pneumologue et pédiatre à l’hôpital Robert-Debré, car ce n’est pas en Ile-de-France qu’il y a le plus d’asthmatiques, mais en Basse-Normandie, en Bretagne et en Poitou-Charentes. En cause: l’humidité. Elle favorise l’apparition des acariens, donc de réactions allergiques inflammatoires». «Il n’y a pas donc lieu de tirer la sonnette d’alarme sur le capital respiratoire des enfants parisiens», insiste-t-il.

«L’aluminium contenu dans les vaccins est dangereux pour la santé des petits»

«Le lien entre la présence de particules d’aluminium dans l’organisme des patients vaccinés et des troubles divers (perte de mémoire, trouble musculaire…) n’a jamais été formellement démontré», explique Robert Cohen, pédiatre infectiologue à l’hôpital intercommunal de Créteil. Les bénéfices des vaccins sont donc très supérieurs aux risques qu’ils représentent. «Et cette rumeur sur la dangerosité des vaccins liée à la présence d’aluminium a des impacts sur la couverture vaccinale de la population. Avec des risques de voir réapparaître des maladies infectieuses comme la diphtérie, le tétanos ou la polio», souligne le médecin.

«Il faut supprimer tous les allergènes de l’alimentation des bébés jusqu’à leur un an»

Œuf, poisson, fruit exotique, fruit à coques… De nombreux parents refusent de les faire goûter à leur bébé de peur qu’ils développent des allergies. «Sauf que retarder l’introduction d’aliments allergènes pourrait justement augmenter ce risque, selon plusieurs études récentes», note Patrick Tounian. D’où sa recommandation de les introduire un à un au moment de la diversification alimentaire (entre 4 et 6 mois), le lait restant l’aliment de base jusqu’à l’âge d’un an.

«A chaque infection, son antibiotique»

Les parents demandent trop souvent que le médecin prescrive un antibiotique à leur enfant, notamment en cas d’otite, d’angine ou de sinusite. Mais leur surconsommation entraîne des effets pervers. «Certaines bactéries sont de plus en plus résistantes aux antibiotiques. C’est le cas, notamment, de l’Escherichia coli, responsable d’infections urinaires. Avec de graves conséquences à terme sur la santé des patients», souligne Robert Cohen. «En Europe, on estime ainsi à 25.000 le nombre de personnes qui décèdent chaque année du fait de la résistance aux antibiotiques», ajoute-t-il.