Les dix maux du monde du travail

SANTE «20 Minutes» fait le point sur les risques psychosociaux au travail en dix mots-clés…

Nicolas Beunaiche

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Un salarié sur son lieu de travail.
Un salarié sur son lieu de travail. — LEMAIRE/ZEPPELIN/SIPA

Stress, burn-out, harcèlement… Le travail est souvent accusé de tous les maux, sans que l’on sache toujours définir ces souffrances. A l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail ce lundi, 20 Minutes a donc demandé à Philippe Zawieja, qui a codirigé la rédaction du Dictionnaire des risques psychosociaux*, de sélectionner et de décrypter dix mots-clés du mal-être au travail.

Ennui

«On décrit souvent le salarié “burnouté” comme un travailleur hyper-engagé qui finit par craquer. Mais il y a une autre forme de burnout, causé par l’ennui. Il peut toucher le salarié qui réalise que le métier de ses rêves n’est pas si idyllique, le salarié sous-utilisé, et enfin celui qui fait un travail auquel il n’adhère pas. C’est un tabou: il est plus facile de se dire en surcharge de travail qu’en sous-charge.»

Harcèlement

«Il peut être sexuel ou moral. Quand il est sexuel, il n’induit pas forcément le critère hiérarchique. Le harcèlement moral, lui, est majoritairement lié à la position hiérarchique des protagonistes. Il peut aussi être un phénomène de groupe, qui conduit à la désignation d’un bouc émissaire.»

Management

«Toutes les méthodes de management qui n’écoutent pas suffisamment les salariés sont nuisibles pour leur santé. Le manager qui ne reconnaît pas son interlocuteur comme un professionnel et le voit comme un pion, est dangereux. Il conduit les travailleurs à devenir des machines.»

Open space

«Avec l’open space, on pensait que l’information circulerait plus facilement, sauf que la communication est devenue excessive. Elle déconcentre le salarié, qui finit par recréer son espace en érigeant des barrières de classeurs ou en mettant un casque antibruit. L’open space facilite aussi le contrôle des salariés.»

Rythme

«La notion de temps de travail a plusieurs dimensions. Il y a d’abord l’intensification du travail. Les horaires décalés sont aussi un facteur de stress, parce qu’ils nous désadaptent du monde. Le temps partiel et les CDD créent aussi de l’insécurité. Le salarié appréhende le terme de son contrat et peut être tenté de travailler énormément pour être reconduit.»

Stress

«C’est un phénomène auto-entretenu et partiellement une construction de l’esprit, dans le sens où l’on anticipe ce qui peut nous stresser. Dès qu’un facteur qu’on a identifié comme stressant se présente, il va avoir le même effet. Cela va se traduire physiquement, par une augmentation du rythme cardiaque par exemple, et psychiquement, par de l’agressivité notamment. Le burnout, dont on parle souvent, est une modalité de réponse au stress.»

Smartphones

«C’est un facteur de risque d’empiétement sur la vie privée. La technologie permet d’être joignable tout le temps: on reçoit des appels, des mails… Notre supérieur hiérarchique peut nous joindre en dehors de nos heures de travail. C’est d’autant plus ingérable que le culte de l’urgence est intériorisé.»

Suicide

«On comptabilise 400 suicides sur le lieu de travail par an. Mais il y a un taux de sous-déclaration important, car certains suicides ne sont pas identifiés comme tels. On n’a pas de chiffres secteur par secteur, mais on dit souvent que les professionnels de santé, qui ont accès à des substances mortelles, sont les plus concernés.»

Violences

«Elles peuvent être verbales et physiques. Les violences physiques, ce sont les altercations, les agressions entre collègues ou avec des usagers. Sont particulièrement touchés les forces de l’ordre, les militaires, les hospitaliers. Elles sont en augmentation.»

Workaholism

«Il s’agit de la dépendance pathologique au travail. Les psychiatres classent le workaholism dans les addictions sans substances. Il concerne surtout l’encadrement car il suppose une certaine charge de travail, une amplitude horaire importante et une responsabilité élevée.»

*Ph. Zawieja et F. Guarnieri, dir. Dictionnaire des risques psychosociaux. Paris: Le Seuil. 2014