Semaine de la vaccination: Faut-il avoir peur des vaccins?

SANTE Après les récents scandales sanitaires, le scepticisme grandit en France vis-à-vis de certains vaccins…

Romain Scotto

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Une personne se fait vacciner contre la grippe en France
Une personne se fait vacciner contre la grippe en France — Lionel Bonaventure AFP

Les vaccinations «provoquent l’autisme», «limitent la croissance», «engendrent la sclérose en plaque». Voire «la violence sociale et le crime». Sans un minimum de recul face à toutes ces thèses conspirationnistes, il y a de quoi passer son carnet de santé à la broyeuse, en furetant quelques minutes sur les forums médicaux dédiés à un sujet aussi sensible que les vaccins. En quelques années, la confiance des Français pour ces pratiques préventives a chuté de façon vertigineuse selon l’Inpes, passant de 90% (d’attitudes favorables à l’égard de la vaccination) en 2005 à 62% en 2011.

Jean-Marie Mora, président de la ligue nationale pour la liberté des vaccinations, incarne ce scepticisme depuis une quinzaine d'années. Pour lui, «aucun vaccin ne marche. Sauf financièrement (on parle d’un marché mondial de 2,3 milliards d'euros). C’est un constat. Regardez le nombre de problèmes qu’on a. On voit tous les ans des épidémies de grippes chez les vaccinés. N’interrogez pas les toubibs qui gagnent leur vie grâce aux vaccins. Ils n’y connaissent rien.» Malgré une bonne dizaine d’années d’études, tout de même.

«Difficile de se défendre d’une menace qui n’existe pas»

Pour Jocelyn Raude, sociologue et maître de conférences à l’école des hautes études en santé publique, cet argumentaire radical s’explique en partie par l’étiolement de la mémoire collective concernant les maladies infectieuses. En clair, certains auraient oublié que la variole ou le tétanos tuaient il y a encore quelques années. «Comme on ne voit plus de cas, on a l’impression qu’on doit se vacciner contre une maladie qui n’existe plus. C’est difficile de se défendre d’une menace qui n’existe pas.»

«Ces maladies anciennes n’ont pourtant pas disparu et peuvent réapparaître si on baisse la garde», enchaîne Jean-Louis Koeck, enseignant en vaccinologie et médecin responsable du centre de vaccination à l’hôpital Robert Picqué à Bordeaux. Pour lui, il n’est pas honnête de se focaliser sur les seuls effets indésirables de certains vaccins. «Si un jour vous vaccinez un million de personnes avec un placébo, de l’eau physiologique, vous aurez des morts, des scléroses en plaques, etc. Tous les vaccins ne marchent pas à 100%, il y a aussi des effets indésirables, parfois. Mais le rapport bénéfices-risques est avantageux.»

Scandales sanitaires et collusion avec l'industrie

Depuis une quinzaine d’années, la figure de l’expert scientifique a aussi perdu en crédibilité avec la multiplication des scandales sanitaires et des conflits d’intérêts avec l'industrie pharmaceutique. Récemment, c’est la polémique du Gardasil qui a accentué le doute. Les spécialistes regrettent aussi le manque de recul du public vis-à-vis d’informations erronées, diffusées sur Internet, forcément plus abordables que des publications scientifiques.

«On mélange tout et on extrapole à partir de cas particuliers. Chaque prévention vaccinale est unique», s’agace Jean-Louis Koeck qui admet également que les recommandations des autorités sanitaires sont plus complexes qu’auparavant. Il en existerait près de 500. «Le message est plus confus. Il faut un cerveau de Kasparov pour intégrer en temps réel toutes les recommandations et leur complexité. Donc les médecins éludent et ça crée le doute. Et dans le doute, on s’abstient et ça entraîne des couvertures vaccinales plus basses.» Avec tous les fantasmes que cela peut engendrer.