Brésil: Une invasion de moustiques OGM pour lutter contre la dengue

SANTE Pour combattre l’épidémie, un laboratoire va développer des moustiques censés stériliser les femelles responsables de la contamination…

Romain Scotto
— 
Illustration d'un moustique
Illustration d'un moustique — Rostislav Kalousek/AP/SIPA

Plus fort que la tapette, la citronnelle, le serpentin incandescent, voire la raquette électrique, voici le moustique OGM. Un animal né en laboratoire que les scientifiques déversent par milliers sur les zones où sévit la dengue, cette infection virale potentiellement mortelle pour l’homme. Transmise uniquement par la femelle du moustique, elle menace encore le Brésil (120.000 personnes concernées cette année selon l’OMS), où l’absence de normes sur les OGM autorise certaines manipulations sur le vivant, interdites en Europe.

Dans le cas présent, l’entreprise britannique Oxitec a donc conçu des moustiques mâles de l'espèce «Aedes aegypti», très présents dans les villes, pour jouer les insecticides. En s’accouplant avec leurs femelles, ils leur transmettront un gène qui les rendra inaptes d'avoir des petits et limitera la prolifération de ces colonisateurs. Pour l’entomologiste Anna-Bella Failloux, spécialiste de ces suceurs de sang miniatures, il n’est pas question d’éradiquer de la planète toute une espèce: «C’est impossible. Une génération apparaît en deux semaines et une femelle peut pondre entre 500 et 1.000 œufs par semaine. Sachant qu’un moustique vit entre un et deux mois, on ne peut pas l’exterminer. Il sera toujours présent», confie la chercheuse de l’Institut Pasteur.

Le moustique tigre en renfort

L’objectif des autorités brésiliennes est bien de réduire la présence du moustique sur certaines zones ciblées, comme ce fut le cas il y a deux ans en Malaisie ou aux Iles Caïmans. Mais dans les deux cas, l’environnement était clos, observe Anna-Bella Failloux. Pour elle, l’expérience brésilienne présente un risque majeur. En chassant l’«Aedes aegypti» de sa zone de prolifération, une autre sorte de moustiques pourrait le remplacer, l’«Aedes albopictus», communément appelée moustique tigre. «Les limites des villages ne sont pas étanches. On veut diminuer la population d’une espèce, mais d’autres espèces vont prendre le dessus comme cela fut le cas à la Réunion dans les années 50.»

A chaque fois, c’est un moustique encore plus résistant qui avait supplanté le premier venu. Un insecte capable de transporter la dengue, mais également le virus du chikungunya. «On chasse un problème pour en faire émerger un autre», redoute l’entomologiste. Pour combattre la dengue efficacement, la spécialiste préconise plutôt la «lutte intégrée» qui consiste à éduquer les populations pour supprimer les «incubateurs» dans les zones humides. Les eaux stagnantes, gouttières cassées et autres pneus à l’abandon, où naissent des milliers de moustiques. Une solution sûrement moins juteuse que la commercialisation d’un laboratoire britannique. Avec ses moustiques transgéniques, il a même réussi son buzz.