Manipulation: Comment reconnaître un sociopathe

PSYCHIATRIE Cette pathologie, qui toucherait entre 1 et 4% de la population, révèle de graves troubles de la personnalité…

Romain Scotto
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Illustration d'un patient en psychiatrie
Illustration d'un patient en psychiatrie — NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

En apparence, elle est plutôt avenante, amusante, et ouverte à la discussion. Mais chez M.E. Thomas, rien n’est innocent. Toute action vis-à-vis d’autrui n’est que dissimulation, manipulation et perversion. Cette quadra à l’égo boursouflé le reconnaît d’ailleurs volontiers dans un livre paru aux Etats-Unis, puis en France: Confession d’une sociopathe. Un témoignage étonnant qui plonge le lecteur dans le cerveau de cette brillante avocate américaine, professeur d’université, musicienne douée, classée en psychiatrie dans la catégorie des personnes antisociales, selon le test de la grille de Hare, la référence en matière de détection de la sociopathie/psychopathie.

La différence entre les deux pathologies est d’ailleurs très ténue. Pour le docteur Paul Bensussan, psychiatre et expert légal, «il n’y en a pas. Le terme de sociopathe a récemment remplacé celui de psychopathe dans le langage courant, sans rapport avec la dimension criminelle». Il désigne toujours cette incapacité de l’individu à accepter les normes, s’inscrivant dans un schéma invasif de mépris et de violation des droits d’autrui. «Mon instinct animal de détruire est toujours à fleur de peau», confie M.E. Thomas. Comme beaucoup de sociopathes, elle cumule absence d’empathie et tendance au mensonge. Mais aussi pauvreté du jugement, incapacité d’aimer, goût du risque physique et vie sexuelle impersonnelle: «Je suis un stratège rusé, doté d’une grande confiance […] J’imite le comportement relationnel des autres non pour les tromper mais pour pouvoir me cacher au milieu d’eux.»

Sadiques et pervers

Actuellement, entre 1 et 4% de la population serait touchée par ce trouble du comportement, «l’un des plus gros problèmes des années à venir», selon Liliane Holstein. Cette psychanalyste décrit des «gens qui viennent souvent d’un milieu sans règle sociale, avec parfois de problèmes de maltraitance». En grandissant, ils deviennent un vrai danger pour tous ceux qu’ils côtoient, dans la mesure où la douleur qu’ils provoquent ne les touche pas. «Ce sont des personalités très sadiques, perverses. Ça ne les dérange pas de se mettre en danger en permanence. Ils recherchent une limite. C’est vital pour eux psychologiquement.»

Par plusieurs aspects décrits dans le livre, le lecteur pourrait reconnaître en lui quelques traits de sociopathie. Mais la psychanalyste balaye cette idée: «C’est dangereux de véhiculer ce message. Ça peut faire basculer des gens qui ont encore des petites limites.» Pour elle, les sociopathes sont des gens difficilement soignables, qu’il faut fuir par tous les moyens. «N’essayez même pas d’entrer en contact avec eux, vous serez perdant de toute manière.» Sous leur masque de normalité, se cacherait en réalité une profonde solitude. Incapables de fonder une famille, de s’entourer d’amis solides, ils seraient désespérement isolés sur le plan affectif. Preuve que les sociopathes ne font pas seulement souffrir autrui.