Particules fines: «Fumer une cigarette est plus nocif que respirer l’air de Paris»

SANTE Selon le pneumologue Bertrand Dautzenberg, la psychose a gagné, à tort, l’Île-de-France…

Romain Scotto

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Un nuage de pollution plane sur Paris, le 15 mars 2014
Un nuage de pollution plane sur Paris, le 15 mars 2014 — Stephane Bisseuil/Francol/SIPA

Alors que le niveau d’alerte pollution aux particules fines affole Paris depuis plusieurs jours, le pneumologue Bertrand Dautzenberg tient à rétablir quelques vérités. Selon lui, il n’est pas forcément nécessaire de s’affoler. Du moins pas plus qu’il y a quarante ans.

Qu’est-ce qu’une particule fine? Ce sont les plus petites poussières de l’air, capables de s’infiltrer profondément dans l’arborescence des poumons. «Les grosses poussières, qui ne volent pas, ne présentent pas de risque, à l’inverse de ces particules microscopiques qui vont jusque dans les alvéoles», précise le pneumologue. Leur taille n’excède pas 10 microns, soit un centième de millimètre. A moins de 0,3 mm, on parle même de nano particules, ou particules ultra-fines. En général, ce sont des résidus de carbones, le fruit d’une combustion.

Pourquoi sont-elles nocives? Lorsque ces particules se déposent dans les poumons, le corps réagit en créant des irritations. Les voies respiratoires supérieures et les bronches sont souvent les premières irritées. Mais les plus infimes particules peuvent passer à travers le poumon et provoquer une inflammation générale dans le corps en voyageant à travers le sang. «Cela augmente les risques cardio-vasculaires et les thromboses», poursuit le pneumologue. Les petites particules sont généralement expirées, mais d’autres s’ancrent dans les poumons plus longuement. Quant à l’utilisation d’un masque protecteur, il serait quasi-inutile pour ce genre de pollution.

Est-il si risqué de respirer l’air de Paris? Dans ce domaine, le taux de particules en microgramme par mètre cube fait foi. A moins de 80 microgrammes, il n’y a pas lieu de s’alarmer selon Dautzenberg, qui rappelle qu’il s’agit d’un niveau dix fois inférieur à celui de Pékin. «On est beaucoup moins pollué aujourd’hui qu’il y a trente ans, avec des taux importants de fumées noires dans l’air», poursuit le pneumologue qui dénonce un début de psychose en Ile-de-France. En comparaison, «fumer une cigarette dans la journée est plus nocif que de respirer l’air de Paris.» Idem pour celui qui allume une bougie, un bâton d’encens, ou fait cuire une côtelette (sans hotte aspirante) dans son appartemment. «La moitié des domiciles dépassent l’objectif qualité de l’air. C’est dedans que l’être humain est surtout pollué», précise le spécialiste.

Les Diesel sont-ils vraiment les plus polluants? Chauffage, industrie et trafics routiers sont les principaux émetteurs de particules fines. Mais c’est sur les moteurs des véhicules Diesel que se focalisent certains politiques, dont Anne Hidalgo, la candidate à la mairie de Paris. Pour le pneumologue, il n’est pas nécessaire de s’attaquer à tous les modèles: «Les nouveaux ne produisent plus du tout de particules. Seuls les anciens ne répondent pas aux nouvelles normes européennes». Tout comme certains véhicules essence, dans des quantités plus réduites. Mais dans ce domaine, la façon de conduire (vitesse, accélérations brutales, changements de rapports inadéquats), reste le premier facteur de réduction des émissions.