Les patchs à la nicotine seraient inefficaces chez les femmes enceintes

SANTE Pour arrêter de fumer pendant la grossesse, les patchs ne seraient pas la bonne solution…

20 Minutes avec AFP
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Une femme enceinte.
Une femme enceinte. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Si l'arrêt du tabac pendant la grossesse est bénéfique pour la santé de la mère et du nouveau-né, une étude française réalisée entre 2007 et 2012  sur 402 femmes enceintes de plus de 18 ans fumant au moins cinq cigarettes par jour révèle des résultats «décevants» des patchs à la nicotine.

Peu d’arrêts de la cigarette

Les auteurs de l’étude, parue dans le British Medical Journal (BMJ), ont utilisé des patchs délivrant de la nicotine pendant 16h, pour une dose journalière allant jusqu'à 30 mg/jour, précisent Ivan Berlin (hôpital Pitié-Salpêtrière/Inserm/APHP, Paris) et ses collègues. «Il s'agit de la dose quotidienne la plus élevée et de la durée d'exposition la plus longue testées dans une étude chez les femmes enceintes», précise le Dr Berlin qui a reçu l'aval de l'agence française du médicament ANSM pour administrer cette dose.

Un essai comparatif a été réalisé en double aveugle, avec répartition par tirage au sort des participantes en un groupe recevant des patchs placebo et un autre des patchs à la nicotine, avec une «dose adaptée individuellement». En moyenne, le traitement entrepris à partir du 2e trimestre de grossesse, a été pris durant 105 jours. L'abstinence complète n'a été obtenue que chez onze femmes (5,5%) du groupe nicotine et dix (5,1%) du groupe placebo. Dans les deux groupes, le délai moyen de reprise de la cigarette était de 15 jours. Le poids moyen à la naissance des nouveau-nés était similaire dans les groupes nicotine et placebo (respectivement 3.065 g et 3.015 g) alors que celui des bébés des femmes devenues totalement abstinentes (21) était nettement supérieur (3.364 g).

137.000 fœtus exposés au tabac

Par ailleurs, une pression artérielle significativement plus élevée a été relevée sous substituts nicotiniques. Les auteurs suggèrent donc que le contrôle de la tension artérielle fasse partie des critères d'évaluation des études à venir chez les femmes enceintes. «Ces résultats sont décevants et devraient encourager les efforts pour évaluer de nouvelles approches», écrivent-ils.

En France, la fréquence du tabagisme chez les femmes enceintes est de l'ordre de 17% au 3e trimestre de grossesse, ce qui correspond à environ 137.000  fœtus exposés directement au tabagisme maternel par an et c'est là une estimation basse, estime le Dr Berlin d'après des données 2010. En l'absence de preuve de l'efficacité des substituts nicotiniques chez les femmes enceintes fumeuses très dépendantes du tabac (+ de 5 cigarettes/jour), le soutien psycho-comportemental reste l'intervention à privilégier pour les aider à cesser de fumer, estiment les auteurs de l’étude. La France devrait adopter un programme d'aide à l'arrêt du tabac aussi efficace qu'en Angleterre, ajoute pour sa part le Dr Berlin.