Alcoolisme: «Le Baclofène m’a libérée de ma dépendance à l’alcool»

INTERVIEW Sylvie Imbert, ancienne alcoolique et présidente d’association, est l’une des premières à avoir détourné l’usage de ce médicament pour soigner sa maladie...

Romain Scotto

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Illustration d'une bouteille vide et d'un verre à vin
Illustration d'une bouteille vide et d'un verre à vin — DENIS CLOSON/ISOPIX/SIPA

Il y a encore cinq ans, Sylvie Imbert terminait toutes ses soirées autour d’une bouteille de vin. Cette informaticienne toulousaine avait besoin de ses «six à neuf verres par jour», jusqu’à ce qu’elle tombe par hasard sur un article vantant les effets du Baclofène, ce décontractant musculaire détourné de son usage pour aider les alcooliques à décrocher. A 56 ans, la présidente de l’association Baclofène se dit ravie de l’annonce de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui devrait autoriser prochainement la prescription aux alcooliques.

Comment avez-vous découvert ce médicament?

Par hasard en lisant un article dans La Dépêche du Midi. Je suis allée sur Internet, j’ai vu que d’autres discutaient de ce sujet. J’avais un problème d’alcool depuis l’âge de 16 ans. Peu à peu, mes problèmes s’amplifiaient. J’étais alcoolo dépendante. J’étais obsédée en trouvant tous les jours un prétexte pour boire. L’abstinence ne m’intéressait pas tellement. Les médecins ne prescrivaient pas ce médicament à l’époque, donc je suis allée en Espagne où il est en vente quasi libre.

Sans aucune connaissance sur les dosages?

J’ai lu le livre d’Olivier Ameisen où il expliquait qu’il fallait augmenter les doses jusqu’à l’indifférence. Je suis montée doucement. A 110mg (par jour) je me suis aperçue que j’étais indifférente à l’alcool. Cela m’a pris un an. En automédication, je ne pouvais pas prendre de risques. Mais aujourd’hui 80 % des personnes guérissent en moins de quatre mois.

Quels effets secondaires avez-vous observé?

J’en ai eu très peu. Surtout de la somnolence. Je m’endormais le soir à 21h dans mon canapé. Ça ne changeait pas grand-chose puisqu’avant c’était l’alcool qui m’endormait. J’ai aussi eu des troubles du sommeil et j’ai perdu du poids. Mais c’était plutôt un effet positif.

Qu’est ce qui vous prouve à 100 % que ce médicament vous a guérie?

Qu’est ce que ça pourrait être d’autre? J’ai pensé toute ma vie à l’alcool tous les soirs. Je prends du Baclofène et tout d’un coup je n’y pense plus. De toute façon je ne le regrette pas. L’abstinence fait rechuter. C’est évident pour moi. Cela m’a libéré de la dépendance. Je veux bien qu’un farfelu raconte n’importe quoi mais on est nombreux à raconter la même chose. On ne peut pas être tous dans l’erreur.

Pourquoi avoir monté cette association?

On est un certain nombre à avoir été guéris, et on ne voulait pas laisser les autres dans la nature. On voulait que d’autres en profitent. Des familles se déchirent à cause de l’alcool. Pour moi, je ne pouvais pas continuer ma petite vie tranquille. En se regroupant en association, on a aussi aidé les malades à avoir accès au traitement en donnant des adresses de médecins prescripteurs.

Aujourd’hui, buvez-vous encore et êtes-vous toujours sous Baclofène?

Je bois un peu, le week-end en général. Un verre de vin ou un apéro. Je suis encore sous Baclofène mais j’ai beaucoup diminué. Je suis à 20mg par jour. Je préfère le prendre plutôt que de voir l’addiction revenir. Je me dis que ce n’est pas plus grave que de prendre mon hypotenseur tous les jours.

Vous faites une bonne publicité au médicament, on doit régulièrement vous accuser d’être partie prenante…

Oui, surtout au début. On nous a accusés d’être une secte. Ça fait partie du jeu de ceux qui nient notre parole. Avec l’industrie, c’est clair, on n’a aucun lien. Le pire, c’est que les laboratoires qui commercialisent le Baclofène, ça ne les intéresse pas. C’est un générique. A 3 euros la boîte, ça ne rapporte rien. Ce médicament n’intéresse personne à part les malades qui se sont aperçus que c’était efficace.