l'optique en quête du juste prix

claire planchard

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Mesure de l'acuité visuelle (illustration).
Mesure de l'acuité visuelle (illustration). — B. CHIBANE / SIPA

Comment faire baisser le prix des lunettes et des lentilles de contact ? Après un mois de débats, ce vaste chantier lancé par la ministre de la santé, Marisol Touraine, démarrera mercredi, avec l'examen à l'Assemblée d'un texte autorisant les mutuelles à mieux rembourser les adhérents soignés par des professionnels agréés dans leurs réseaux de soins.
Le principe de ces réseaux est simple : demander aux opticiens de réduire leurs marges en contrepartie d'un volume de clientèle supérieur. « Alors que le nombre de magasins d'optique a presque doublé en dix ans, leur productivité a chuté à trois équipements par jour en moyenne et le panier moyen du client n'a cessé d'augmenter », analyse Christian Py, de la Mutualité française.
Selon un rapport officiel publié en juillet, ces réseaux affichent des tarifs de 20 à 50 % moins chers. « Dans 35 % des cas, le reste à charge oscille entre 100 et 200 € mais dans majorité des cas, il tend vers zéro », précise Christian Py.
Bien mais insuffisant, pour le Collectif interassociatif sur la santé (CISS). « Le vrai problème, c'est que les complémentaires n'ont jamais vraiment fait baisser le prix des lunettes », estime son président Christian Saout. « La preuve c'est qu'elles remboursent des offres du type "trois paires pour le prix d'une". Ce qui signifie que ces lunettes sont au moins trois fois trop chères car on ne vous en fait pas cadeau ! », assure-t-il. « La baisse des coûts de l'optique n'est pas centrale dans la stratégie de développement de ces réseaux car le remboursement de l'optique est un produit d'appel pour séduire de nouveaux assurés », avance également Olivier Babeau, professeur à l'université Paris-VIII. Pour lui, seule l'ouverture du marché à la concurrence, notamment aux acteurs du Web, permettra une véritable baisse des prix.
râce à des marges divisées par deux et des frais réduits, le site Happyview assure par exemple proposer des produits « 2,5 à 4 fois moins chers en fonction du modèle ». Une alternative qui reste freinée en France par des obstacles culturels, mais aussi commerciaux. « Les fabricants nous interdisent de dire qu'ils nous fournissent de peur que les réseaux classiques ne travaillent plus avec eux », confie Marc Adamowicz, d'Happyview.
Ce double jeu est doublement gagnant pour les verriers, qui profitent aussi de l'opacité du système de vente pour gonfler la facture : « Ils mènent un lobbying pour vendre le plus cher possible des verres aux innovations technologiques parfois douteuses. Alors que pour des corrections légères, un verre standard suffirait », dénonce Christian Py.