Le melon Petit-gris se fait rare

Camille Allain

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Il a fait les grandes heures de Rennes mais a quasi disparu aujourd'hui. Le melon petit-gris, aussi appelé « petit Rennais », subsiste pourtant sur les étals du marché des Lices grâce à la volonté de quelques maraîchers. « Il y a 40 ans, tout le monde le cultivait. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que trois dans le bassin rennais », explique Eric Bocel, agriculteur à Pacé. Cette année, il a tardé à se montrer sur les marchés, faute de soleil. « On a trois semaines de retard », confirme le maraîcher. Devenu rare, le produit est toujours prisé des clients. « On a des habitués qui viennent nous en acheter. Ce sont souvent des anciens Rennais qui en mangeaient pendant leur enfance. » Des restaurateurs aussi, qui apprécient les qualités gustatives du produit. « Il a un goût exceptionnel, assure Eric Bocel. Quand il est cueilli à maturité, il est excellent. » Même avis pour Olivier Rollinger, chef étoilé à Cancale : « Le goût est exquis. Je le sers avec des huîtres tièdes au vinaigre de porto. »

Une génétique inchangée
Mais pourquoi un melon au goût fantastique a-t-il déserté les marchés ? « Il est très fragile et donc très délicat à cultiver. Il demande beaucoup d'attention, beaucoup plus que le charentais. » Car la recette du petit-gris n'a pas changé. « La variété n'a jamais été améliorée génétiquement », ajoute le maraîcher. Alors qu'il était très prisé des Parisiens dans les années 1970, le petit Rennais reste aujourd'hui au plus près de sa maman. Difficile à transporter, il n'apprécie pas non plus la chambre froide. « La peau est très fragile. A certains endroits, elle ne fait qu'un millimètre d'épaisseur, contre un centimètre pour le charentais. Il faut le tailler, l'enrouler... Il y a du temps à passer », détaille le maraîcher. Pourtant, depuis qu'il a hérité de l'exploitation de son père, Eric Bocel n'a jamais pensé à abandonner la culture du petit-gris. « C'est une tradition à Rennes, il fait partie du patrimoine. J'en produirai toujours, au moins pour ma consommation personnelle. » On vous laisse goûter.