Dans la foule, l'individu reprend ses aises

Jérôme Gicquel

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Chaque piéton a son propre rythme.
Chaque piéton a son propre rythme. — F. ELSNER / 20 MINUTES

Pas toujours facile de comprendre les mouvements d'une foule sachant qu'elle est par nature imprévisible. Des chercheurs se sont pourtant penchés sur la question, dont ceux de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) de Rennes. Après plusieurs mois de travaux, ils viennent de publier dans diverses revues scientifiques internationales l'étude Pedigree. Menée à partir de l'observation de 250 personnes volontaires dans un bâtiment sur le campus de Beaulieu, cette étude tente de décrypter les mécanismes de structuration spontanée du trafic piétonnier.

Individualisme
Dans les couloirs du métro parisien, sur les quais d'une gare bondée ou à la sortie d'un festival, tout individu a un jour goûté aux joies d'un trafic piétonnier anarchique où les gens se doublent, se croisent et se bousculent à tout va. Une explication à cela : « les files qui s'étaient formées naturellement se désorganisent pour se réorganiser différemment, car les comportements individuels l'emportent. Les gens cherchent à adopter leur propre rythme quitte à défaire la file dans laquelle ils étaient placés », indique Julien Pettré, chercheur à l'Inria de Rennes. Autrement dit, en cas de forte affluence, l'individu la joue perso en gardant sa propre vitesse de marche et tant pis pour le malheureux qui croise son chemin. Résultat au bout de quelques minutes, une belle cacophonie s'installe et le trafic piétonnier perd alors toute fluidité.

Travailler la conception des lieux
Ces résultats acquis, les chercheurs de l'Inria vont désormais les mettre à contribution auprès des collectivités et des régies de transports afin de fluidifier le trafic, en travaillant notamment sur la conception des lieux. « Il est illusoire de penser qu'on pourra imposer aux gens de marcher à la même vitesse, mais on peut par exemple imposer des files de circulation avec des barrières, comme c'est déjà le cas dans certains pays asiatiques. »