La mémoire passe au bistrot

Camille Allain

— 

Un médecin et une patiente atteinte d'Alzheimer, en Ille-et-Vilaine.
Un médecin et une patiente atteinte d'Alzheimer, en Ille-et-Vilaine. — SUZAN THIERRY / SIPA

Chaque mercredi, un petite trentaine de personnes se réunissent au bistrot-mémoire, au café Chez Mama'ï à Rennes. Malades d'Alzheimer ou aidants, tous viennent là pour échanger. « La maladie coupe souvent les relations avec l'extérieur et les personnes se retrouvent isolées. Ici, le but, c'est de rompre la solitude et de restaurer un lien social » explique Marie-Hélène Lebreton, la psychologue qui mène chaque séance. Autour d'une table, les participants évoquent la prise en charge, les problèmes quotidiens... « Les aidants viennent souvent sans le malade, pour avoir un moment de répit. Voir qu'ils ne sont pas les seuls dans cette situation leur évite de culpabiliser », poursuit la psychologue.
C'est le cas de Claude, un habitué du bistrot-mémoire. Depuis cinq ans, il prend soin de son ex-femme, atteinte d'Alzheimer. « Je suis privé de mes amis. Ici je retrouve une vie normale, je peux voir du monde », confie le retraité.

« La liste d'attente est longue »
Aujourd'hui, l'ex-femme de Claude est prise en charge trois jours par semaine dans un hôpital de jour. « C'est un soulagement car la maladie pèse beaucoup. Il faut toujours être attentif. » Claude a entamé les démarches pour lui obtenir une place à plein-temps dans un institut spécialisé. « Les formalités sont compliquées et la liste d'attente est longue », regrette le retraité. Pourtant l'Ille-et-Vilaine n'est pas si mal dotée (lire encadré), mais le cheminement est difficile. « Beaucoup de conjoints se donnent corps et âmes pour aider leur malade. Mais un jour ils lâchent tout », explique Marie-Hélène Lebreton. « C'est pour ça que nous les incitons à se pencher sur la prise en charge en amont ». « Bien souvent, quand les gens viennent nous voir, ils espèrent qu'on aura une solution miracle à leur proposer », confirme André Belabre, président de France Alzheimer à Saint-Malo. « Mais l'attente peut-être longue, donc mieux y réfléchir à l'avance. » Préparer les familles, une autre mission du bistrot-mémoire.

1 200 unités spéciales dans le département

Le département compte 13 000 lits pour personnes âgées, dont 1 200 sont réservées aux malades d'Alzheimer. « La situation est surtout tendue à Rennes et sa couronne. Une maison de retraite de 80 places sera bientôt ouverte à Rennes », confie Pascale Bobille, directrice du service personnes âgées au Conseil général. Le département mise aussi sur l'aide à domicile.