Les avocats en garde à vue

Camille Allain

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Les gardés à vue pourront être assistés d'un avocat pendant l'interrogatoire.
Les gardés à vue pourront être assistés d'un avocat pendant l'interrogatoire. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

La réforme de la garde à vue, validée vendredi par la Cour de cassation, a déjà pris effet dans les commissariats rennais. Depuis vendredi après-midi, les personnes reçues en garde à vue peuvent être accompagnées d'un avocat. C'était déjà le cas pendant la première demi-heure. Ça l'est maintenant pendant toute la durée de la garde à vue. « On nous empêche de faire notre travail », pestait un officier vendredi. Car la première chose qu'un avocat peut notifier à son client, c'est de garder le silence. A Rennes, le week-end s'est bien passé, mais c'est l'avenir qui inquiète les enquêteurs. « Si l'on doit interroger quatre personnes, il faudra quatre avocats. Nos locaux ne sont pas adaptés du tout », argumente Natacha Yakovenko secrétaire régionale du syndicat Alliance. « Au commissariat central, les enquêteurs sont déjà deux par bureau. » Ce qui est vrai pour Rennes, l'est aussi pour le reste de la Bretagne.

La confiance est rompue
Au delà des questions matérielles, le syndicat de police s'inquiète du déroulement des entrevues. « Le tête à tête permettait d'établir un lien avec le gardé à vue, de le mettre en confiance. Le travail du flicard, c'était aussi de faire de la psychologie », poursuit Natacha Yakovenko. Un tête à tête souvent intimidant pour l'interrogé et donc à l'avantage du fonctionnaire « Ça fait bien longtemps qu'il n'y a plus d'intimidation dans nos locaux. Je le répète, c'est la confiance qui est rompue », poursuit la responsable d'Alliance. Voulue par les avocats, la réforme de la garde à vue est faite pour protéger les personnes interpellées. « Mon client était un peu ébahi quand je lui ai annoncé qu'il avait le droit de se taire », témoigne un jeune avocat rennais, qui s'est porté volontaire pour le week-end de mise en place. « Les premiers échos que j'en ai eu, c'est que les gardés à vue étaient plus rassurés, moins stressés », rapporte Maryvonne Lozac'hmeur, bâtonnière de Rennes. Les permanences d'avocats volontaires vont doubler pour y faire face. A Rennes, ils seront 6 la semaine et 4 le week-end.

Les jeunes avocats le font « pour la gloire »

La plupart des magistrats qui assisteront aux gardes à vue seront commis d'office. « Pour l'instant on le fait pour la gloire, pas pour l'argent », avoue un jeune avocat rennais. « C'est l'occasion de développer sa clientèle à condition que ça n'impacte pas mon activité au cabinet. Si on m'appelle en pleine nuit alors que j'ai une audience le lendemain, là je dirai stop. »