Canicule en Bretagne : « Des températures du désert » avant une nuit brûlante

CHALEUR EXTREME Des records de chaleur ont été battus presque partout en Bretagne alors que la région est placée en alerte rouge à la canicule

Camille Allain
Une femme marche avec une ombrelle pour se protéger du soleil sur la plage de Dinard (Ille-et-Vilaine)
Une femme marche avec une ombrelle pour se protéger du soleil sur la plage de Dinard (Ille-et-Vilaine) — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Des records de température ont été battus partout en Bretagne ce lundi, où plus de 41 degrés ont été enregistrés.
  • Les spécialistes de la météo espèrent que cet épisode extrême pourra servir à éveiller les consciences face au réchauffement climatique.
  • La nuit de lundi à mardi s’annonce très chaude en Bretagne avec plus de 30 degrés attendus à Rennes à minuit.

On n’avait jamais connu ça à Ouessant. A Morlaix, à Saint-Brieuc, à Rennes ou encore à Bléruais non plus. Lundi, on a enregistré plus de 30 degrés sur l’île de la pointe bretonne, et plus de 40 degrés pour la première fois dans le Finistère et dans la préfecture des Côtes-d’Armor. Rennes et Nantes ont aussi effacé leur record historique de chaleur avec plus de 41 degrés enregistrés dans l’après-midi ce lundi. C’est à Bléruais, petite commune rurale à l’ouest de Rennes que le maximum a été enregistré avec 41,6 degrés relevés à 17 heures.

Une journée aussi chaude ne s’était jamais produite dans l’histoire moderne de la région et risque de marquer les corps transpirants comme les esprits. Mais à écouter les spécialistes de la météorologie, ces scénarios de chaleur extrêmes vont devenir de plus en plus fréquents. Et sans doute de plus en plus intenses.

De l’air chaud amené par un vent de sud-est

Steven Tual est prévisionniste à Météo Bretagne. Ce lundi, il a passé une bonne partie de sa journée les yeux rivés sur les relevés des stations bretonnes, qui se sont presque toutes affolées. « La chaleur s’est accumulée et s’est renforcée au fil des jours. On voit en Bretagne des températures que l’on enregistre normalement dans le désert. En général, la région est plutôt épargnée par son côté insulaire. Mais là, on voit le témoignage clair du réchauffement climatique », estime le prévisionniste. Ce phénomène de chaleur extrême ne le surprend pas mais il l’interroge. « On savait que cela arriverait mais à une telle intensité, c’est choquant. Ça interpelle, on se demande à quoi ressemblera notre climat dans cinquante ans », estime Steven Tual.


Cette canicule qui frappe la France depuis plusieurs jours a pris une tournure dramatique ce lundi dans une région souvent moquée pour sa météo pourrie. « Presque toutes les stations ont battu leur record avec des températures à plus de 39 degrés partout », ajoute Daniel Vendramini. Le chef du service prévisions de Météo-France Ouest estime que c’est l’orientation du vent qui a transformé une chaude journée en véritable fournaise. « Nous avons un vent de sud-est qui vient des terres et amène un air très chaud en provenance du sud ». Le problème, c’est qu’un phénomène de « goutte froide » sévit au large du Portugal et maintient des températures très élevées sur la côte atlantique.

Le pire est-il passé ? Même pas. D’après le prévisionniste, la nuit de lundi à mardi va être « très éprouvante ». « On va peut-être s’en souvenir plus que les 40 degrés de la journée tant la nuit sera anormale ». A minuit, il devrait encore faire 33 degrés à Rennes ! Pour souffler un peu, il faudra attendre mardi matin et le changement d’orientation du vent qui soufflera de l’ouest et viendra apporter un peu d’air. Un retour « à la normale » mais qui restera très chaud dans toute la région. Une situation qui ne surprend pas le prévisionniste. « La situation que l’on vit correspond à nos projections. On s’expose à des phénomènes de chaleurs plus longs. Ce que l’on considère aujourd’hui comme anormal va devenir de plus en plus fréquent », assure le cadre de Météo-France.

« La prise de conscience est trop tardive »

Cette journée en enfer aura peut-être le don d’éveiller les consciences alors que les rapports du GIEC préconisent une action climatique urgente afin de limiter le réchauffement climatique. « Vous voyez ce qu’on a avec un réchauffement de +1,1 degré. Imaginez ce que ça sera avec un écart de 2,7 degrés », soulève Steven Tual. Le prévisionniste de Météo Bretagne est inquiet mais surtout en colère. « Je suis agacé parce que cela fait des années que le GIEC nous alerte mais la prise de conscience est beaucoup trop tardive. J’aimerais que l’on fasse confiance à la science, que l’on écoute les spécialistes du climat ».

Un autre phénomène inquiétant guette la région. Alors que les températures vont baisser dès mardi, la Bretagne ne devrait pas être arrosée par la pluie comme elle l’affectionne tant. Une situation qui inquiète autant les agriculteurs qui voient leurs champs de dessécher, que les pompiers qui doivent lutter contre des feux de plus en plus nombreux. Ce lundi, un important incendie s’était déclaré dans les Monts d’Arrée.