Rennes : « Ils n’ont peur de rien »… Maurepas marche pour la paix et contre les dealeurs

OVERDOSE Secoué par l’assassinat d’un homme de 28 ans le 13 juin, le quartier de Maurepas a été le théâtre de plusieurs tirs d’arme à feu sur fond de trafic de drogue

Camille Allain
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A Maurepas, une marche a réuni environ 150 personnes après la flambée de violences subies dans ce quartier populaire de Rennes.
A Maurepas, une marche a réuni environ 150 personnes après la flambée de violences subies dans ce quartier populaire de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Théâtre de plusieurs règlements de comptes ces dernières semaines, le quartier de Maurepas a été secoué par l’assassinat d’un homme de 28 ans.
  • Ce mercredi, des habitants ont marché « pour la paix » en espérant que les dealeurs les laissent tranquilles.
  • Ce quartier populaire souvent très animé a « beaucoup changé » selon ses habitants qui appellent à un retour au calme.

Quelques chants ont résonné sur un fond d’accordéon. Alors oui, ils n’étaient qu’une poignée. Environ 150 personnes, dans un quartier qui doit compter plus de 10.000 habitants. Mais ils ont réussi leur pari de s’unir et de marcher « pour la paix » autour de la dalle du Gros-Chêne qui en manque terriblement ces derniers temps. Frappé par une flambée de violences sur fond de trafic de drogue, le quartier de Maurepas a vu un homme de 28 ans perdre la vie le 13 juin.

Poignardé en plein cœur, le jeune a sans doute été la victime d’un règlement de comptes. Avant et après sa mort, des tirs d’arme à feu ont d’ailleurs retenti dans les rues du quartier populaire. Des policiers ont même essuyé des tirs d’arme automatique lors d’une patrouille à vélo.

« Je suis venue pour dire stop »

Ce mercredi, les habitants avaient donc bien des raisons de descendre dans la rue pour crier leur ras-le-bol. Mais tous semblaient unis par la même envie. Celle de se montrer. « Je suis venue là pour dire stop. J’ai envie de dire que j’aime mon quartier mais que je ne peux plus y vivre dans ces conditions. La délinquance s’est intensifiée et j’ai peur pour mes enfants », explique Awa (le prénom a été modifié à sa demande). Mère de deux jeunes enfants, elle n’ose plus les laisser jouer seuls aux abords de l’école, de peur qu’ils soient pris pour cible​. « J’ai entendu les tirs de pistolet, je ne suis pas tranquille. Je ne veux plus sortir la boule au ventre. »

Un peu plus loin, Catherine (prénom modifié également) fait partie des anciennes du quartier, où elle réside depuis quarante-six ans. « Maurepas, avant, c’était trop bien. Il y avait de l’entraide, des échanges. Aujourd’hui, ça me désole de voir toute cette violence. »


Ces dernières semaines, plusieurs faits graves se sont déroulés en bas de chez elle. Alors Catherine a décidé de venir marcher avec environ 150 personnes pour « montrer qu’on existe ». Elle, comme toutes les personnes que nous avons interrogées sont catégoriques. C’est le trafic de drogue qui pollue leur quartier. « Les dealeurs ont pris possession des lieux et les gamins suivent. Ils ont un "bédo" à la place du cerveau », dénonce Catherine. Au passage du petit cortège, des habitants sortent la tête par la fenêtre. Certains applaudissent mais peu descendent.

Cette marche « pour la paix » a été organisée par quelques habitantes du quartier, dont la vice-présidente de Rennes Métropole Priscilla Zamord. L’élue de quartier s’est également déplacée, écharpe tricolore sur l’épaule. « Tous les gens sont touchés par ces faits de violences. Mais ils veulent aussi affirmer leur place dans l’espace public, montrer qu’il y a autre chose à Maurepas que des faits de violences », assure l’écologiste Marion Deniaud. Pour résoudre le problème du trafic, l’élue compte sur « la maire, le préfet et le procureur ».

« Certains n’osent plus descendre »

Au passage de la marche encadrée par la police, les jeunes qui étaient assis en bas des tours ont pour la plupart disparu. Ils reviendront sans doute très vite. « Ils n’ont plus peur de rien, pas même de la police. Ils restent ici toute la journée. Certains habitants n’osent plus descendre de peur d’être embêtés », témoigne Amina (le prénom a été modifié). Elle aussi a entendu les tirs d’arme à feu qui lui ont glacé le sang. « Certains enfants peuvent être happés dans ces bandes. Il faut les protéger, éviter la rupture scolaire. »