Rennes : Face à la sécheresse, comment éviter que la forêt ne brûle encore ?

INCENDIE Alors que l’Ille-et-Vilaine est toujours confrontée à une sécheresse, la question du réchauffement climatique interroge. Faut-il continuer à planter les mêmes essences ? Comment garder l’eau dans les sols ?

Camille Allain
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Un important incendie s'est déclaré le lundi 16 mai dans la forêt de Rennes, entre Liffré et Thorigné-Fouillard. Il aura fallu quatre jours aux pompiers pour en venir à bout.
Un important incendie s'est déclaré le lundi 16 mai dans la forêt de Rennes, entre Liffré et Thorigné-Fouillard. Il aura fallu quatre jours aux pompiers pour en venir à bout. — Sapeurs-pompiers - SDIS 35
  • Après l'incendie qui s'est déclaré en forêt de Rennes, les autorités tentent de rappeler les bonnes conduites à adopter.
  • La période de sécheresse traversée fait craindre de nouveaux feux en Bretagne, région pourtant réputée pour être copieusement arrosée.
  • Pour mieux se protéger des incendies, la gestion des forêts a évolué et les essences replantées sont repensées pour faire face au réchauffement climatique.

C’était il y a tout pile une semaine. Alertés par des automobilistes d’un départ de feu au bord de l’A84, les pompiers d’Ille-et-Vilaine fonçaient vers la forêt de Rennes pour tenter de limiter les dégâts. Le vent qui balayait les flammes, la chaleur et l’inquiétante sécheresse subie depuis plusieurs mois leur auront bien compliqué la tâche, obligeant les soldats du feu à rester quatre jours entiers sur place pour traiter cet incendie. Un phénomène plutôt rare dans une région pas vraiment réputée pour être sèche. L’arrivée inespérée de la pluie et les dizaines de milliers de litres d’eau balancés par les pompiers auront finalement permis de sauver les 3.000 hectares de la forêt. « Seuls » 25 hectares ont été réduits en cendres à Liffré, en même temps que de nombreux arbres et animaux, prisonniers des flammes et des fumées. Une semaine après l’incendie, des questions nous brûlent les lèvres : ce type d’événements est-il amené à se reproduire ? Et comment les éviter ?

Lors des rondes quotidiennes qu’il a menées dans la zone sinistrée, Franck Muratet a pu constater les dégâts. Des cadavres de vipères, de couleuvres et de salamandres ont été découverts. Les grands mammifères, eux, ont eu le temps de partir. La végétation n’a en revanche pas été épargnée. « Le feu a été contenu au niveau du sol donc les arbres adultes devraient survivre. Quand ils ont 90 ou 100 ans, les arbres ont une écorce épaisse qui les protège de la chaleur et des flammes. Mais on a perdu tous les pins maritimes qu’on avait plantés il y a trois ou quatre ans. » Le responsable de l’Office national des forêts (ONF) en charge de la forêt de Rennes évoque le risque d’ébullition de la sève qui guette les plus fragiles. Ou encore le stress physiologique qui pourrait être fatal à certains arbres, traumatisés par cette chaleur soudaine. « Ceux-là, il faudra attendre un ou deux ans pour savoir s’ils survivront. » Avant de réimplanter de nouveaux arbres, l’ONF va patienter, le temps que la végétation spontanée comme les ajoncs ou les fougères repartent. Sans doute pas avant trois ans. En forêt, le temps est long.

L’origine humaine du feu ne fait guère de doute

L’incendie de Liffré maîtrisé, c’est désormais la question de son origine qui occupe les enquêteurs. Sur place, les gendarmes ont effectué des relevés. L’origine humaine ne fait guère de doute. Situé à deux pas de l’autoroute, le départ de feu pourrait être la conséquence d’un mégot de cigarette jeté par la fenêtre, même s’il est bien difficile de le confirmer. Alors que le département d’Ille-et-Vilaine est en alerte sécheresse, la préfecture martèle les règles. « Depuis 2015, un arrêté interdit d’allumer tout feu à moins de 200 mètres des bois et forêts toute l’année ». A l’entrée des massifs, des panneaux viennent le rappeler, tout comme l’interdiction formelle de fumer, peu importe les conditions météorologiques. « L’essentiel des feux est d’origine humaine, il faut le dire. Même si c’est souvent involontaire. On n’a pas besoin de loi supplémentaire, juste de les faire appliquer », glisse Franck Muratet. L’agent de l’ONF reconnaît qu’il est parfois difficile de connaître les raisons du départ du feu. Mais la sécheresse est un facilitateur. Une preuve ? A Rennes, le dernier « grand incendie » s’était déclaré en 2003, année d’une importante canicule.

Pour limiter le risque, des actions spécifiques sont menées auprès de la profession agricole, très présente en Bretagne, notamment lors des moissons. La préfecture rappelle « l’importance de prévoir la présence d’une tonne à eau lors de ces travaux afin de pouvoir noyer rapidement tout départ de feu causé par une moissonneuse ». Lorsque le risque d’incendie est évalué comme « majeur » lors d’une sécheresse prolongée, des engins d’intervention des pompiers peuvent également être positionnés.

Mais au-delà de la prévention du risque, c’est tout le programme de reforestation qui est remis en question par le réchauffement climatique. Est-il toujours opportun de planter des pins maritimes si sensibles au feu ? Partout en France, les plantations de hêtres sont progressivement abandonnées. Si son bois est réputé pour le chauffage et le mobilier, l’essence souffre énormément des sécheresses prolongées. Au Portugal, la plantation massive d’eucalyptus pour en faire de la pâte à papier a généré des incendies monstrueux ces dernières années.

Mieux gérer la ressource en eau

En Bretagne, bon nombre d’associations militent d’abord pour « ralentir le cycle de l’eau » et ainsi garder une terre plus humide, moins sujette à la chaleur, au dessèchement et donc au feu. Eau et rivières de Bretagne ne cesse de demander à la profession agricole et aux collectivités de couvrir les sols, d’opter pour un reméandrage les cours d’eau et surtout de recréer le bocage arboré qui a été tant arraché il y a soixante ans. Un travail qui s’annonce long.