Fondation du patrimoine : Sauvé de la noyade, le moulin du Boël fait de nouveau tourner les têtes en Bretagne

PATRIMOINE Un chantier de rénovation à plus de 700.000 euros a été nécessaire pour remettre le moulin de Bruz en état. La Fondation du patrimoine, via le Loto du patrimoine de La Française des jeux, a financé une partie des travaux

Camille Allain
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Marie-Pierre Durand, adjointe à la ville de Bruz, et Luc Pierrard, président des Amis du Boël, ont grandement contribué à la rénovation du moulin du Boël.
Marie-Pierre Durand, adjointe à la ville de Bruz, et Luc Pierrard, président des Amis du Boël, ont grandement contribué à la rénovation du moulin du Boël. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Bruz, au sud de Rennes, un moulin vieux de près de 500 ans a été sauvé par des passionnés de patrimoine, qui ont sollicité la participation de la Fondation du patrimoine.
  • L’inauguration du moulin a lieu ce samedi 30 avril en présence de tous les donateurs, notamment des habitants du secteur et des mécènes privés.
  • Longtemps abandonné, ce moulin construit en 1652 avait été sauvé par un chantier de reconstruction mené par des jeunes venus du monde entier il y a soixante ans.

L’eau court et fait tourner, sans jamais s’arrêter, une impressionnante roue de métal et de bois. Au moulin du Boël, cela faisait presque cent ans que l’on n’avait plus entendu ce bruit. Caché dans un goulet de schiste pourpre où coule la Vilaine (d’où son nom qui veut dire « le boyau »), l’édifice construit en 1652 à Bruz, près de Rennes ( Ille-et-Vilaine) a bien failli mourir à plusieurs reprises depuis 1935 et l’arrêt de la production de farine. Sans l’extraordinaire volonté d’un homme, il aurait pu disparaître en 1962, quand une tempête a arraché ce qui lui restait d’ardoises et de murs.

La triste ruine n’était pas loin d’être engloutie par les flots du fleuve marron. Ou même d’être démolie par les hommes qui l’avaient laissé pour mort. Mais Jean-Yves Connen l’a sauvée, en organisant pendant trois ans des chantiers de reconstruction avec des jeunes venus du monde entier, dont les vestiges de cabanes sont toujours visibles dans la végétation luxuriante. Soixante ans après ce sauvetage in extremis, le passionné a fini par laisser les rênes de son association Les amis du Boël à l’âge de 85 ans.

Le moulin du Boël, à Bruz près de Rennes, a été restauré en partie grâce aux dons de privés et au Loto du Patrimoine.
Le moulin du Boël, à Bruz près de Rennes, a été restauré en partie grâce aux dons de privés et au Loto du Patrimoine. - C. Allain / 20 Minutes

Ce samedi, c’est donc son successeur et ami Luc Pierrard qui aura l’honneur d’inaugurer le « nouvel » édifice, en présence de son prédécesseur. Abîmé par les années, le moulin du Boël a subi un intense chantier de restauration entamé il y a un an qui aura coûté la bagatelle de 714.000 euros. Il a fallu vider 30 centimètres de boue collée au fond, créer des ouvertures pour permettre l’évacuation de l’eau en cas de crue et refaire toutes les jointures de la façade.

« Un moulin sans roue, ce n’est pas vraiment un moulin »

Financé à près de 50 % par la ville de Bruz, le chantier a également reçu le soutien de la métropole, de mécènes privés comme le groupe Giboire, d’habitants du coin mais aussi de la Fondation du patrimoine via le Loto du patrimoine de la Française des jeux. « C’est Jean-Yves Connen qui avait entendu parler de la mission de Stéphane Bern. Il l’a contacté directement et il a monté un dossier », raconte Luc Pierrard. Passionné d’histoire, le Bruzois a repris la présidence de l’association il y a un an.

J’ai grandi à Rennes et j’ai toujours connu ce moulin. Je le voyais s’abîmer ces dernières années alors qu’il y a une telle histoire autour. Imaginez, quand il a été construit, Louis XIV avait 14 ans ! ».

Pendant près de 300 ans, les meuniers se sont succédé dans les épais murs du moulin pour fournir de la farine aux habitants du coin. L’histoire raconte qu’en plus de verser un loyer, les meuniers devaient aussi fournir des anguilles et un gâteau par an aux nobles qui leur louaient l’édifice. L’activité meunière a finalement pris fin en 1935 au Boël, date à laquelle le moulin a perdu sa deuxième roue. Grâce au soutien de la municipalité, une nouvelle roue a été installée sur le flanc du bâtiment. « Un moulin sans roue, ce n’est pas vraiment un moulin », glisse, amusé Luc Pierrard. Celle-ci ne fera pas tourner de meules mais est capable de produire de l’électricité, à la seule force de l’eau. « C’est un lieu magnifique, dans un cadre naturel somptueux. C’était essentiel qu’il continue à vivre. Notre envie commune maintenant, c’est de l’ouvrir au public », prévient l’adjointe à la culture de Bruz Marie-Pierre Durand.

Ce sera le cas ce samedi après-midi à l’occasion de visites guidées du moulin ouvertes au public dans le cadre de l’inauguration. Mais par la suite, les entrées se feront sans doute assez rares pour les curieux, notamment en raison de la complexe réglementation sur l’accueil du public. Mais pas besoin de rentrer dedans pour profiter des beautés du bâtiment. Le travail d’orfèvre des artisans a redonné un tel éclat au moulin que plus personne ne pourra l’ignorer.

Un mur d’escalade en projet sur la falaise

Bien connu des Rennais, le site du Boël présente des falaises de schiste pourpre atypiques. Jusqu’en 1884, une carrière était ici exploitée. Elle a été stoppée après la mort de huit personnes dont deux enfants lors d’un éboulement. Depuis quelques années, les falaises sont exploitées par les amateurs d’escalade. Un troisième spot de grimpe est en cours d’aménagement sur l’une des faces les plus abruptes.